La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

CHRONIQ\;E THEATRALE <le grands poètes se sont contcntès, laissez-nous cc qui nous a procuré jusqu'ici le charme infini des beaux rythmes et des sonorités hannonicuscs. Le Seul Lieu, de i\l. Léopold Lacour, est une œune tn'.s intfressantc et d'une belle élévation de pensée. Elle m'a fait songer :i une piè.cc sombre, furibonde et burlesque de Strindberg, les Crém,âers, dont le public parisien s'est diYcrti il y a deux ans. i\lais la conclmion est tn'.s diffèrcntc dans les deux pièces. li s'agit dans le Swl Lien d'une femme, i\larthe, qui a rompu, un peu malgré clic, aYec un mari infidèle, dissipateur, qu'elle continuait d'aimer, en depit de torts si graYes. i\l.1rthe aurait peut-être supporté œtte insupportable vie conjugale, si son père ne l'y aYait pas arrachée. A regret, elle a quitté son cher Kéral; malgré ses scrupules religieux, clic est allée jusqu'au dirnrcc et, après deux ans de solitude, elle a cédé aux sollicitations de sa falllilk en se remariant; clic a épousé un honnéte homme, nommé Fresnay, qui l',1<lorc. l\!alhcun::uscment, c'est le pr'emicr qu'elle ailllc; clk n'a pu oublier Kcral et, tout en ayant une amitié sérieuse et forte pour celui qui lui a n.:constitué un foyer paisible et serein, clic chérit en secret le trompeur charmant à qui elle aYait fait le réve de consacrer sa vie tout entière. Or, cc séduisant Kér,il reparait soudain; aprés s'étrc éloigm:, aprés a,·oir vécu cn ,\ngletc.:rre, où il a rèparé par le traYail les brèdics de s,1 fortune, il revient repcnt,mt auprès de i\brthe qu'il n'a jamais cessè <l'aimer, dit-il, même au milieu <le ses erreurs. Léger, ,·0L1gc, coureur, oui, il fut cela; mais cc n'est pas sa faute; on l'avait rn.1rié trop jeune, alors qu'il ne connaissait pas encore la vie. Comme be,1ucoup de débauchés - du moins c'est eux qui le prétendent - il 11',1 jamais :iimc qu'une fommc, sa ch.:re }.larthc, \'ers laquelle il n:vient mûri et assagi, fortifié par l'adn:rsité, et que désormais il jure de rendre heureusc. Il s'exprime a,·cc chaleur, aYec enthousiasme, et sa si111:érité rend son repentir éloquent. D'autre part, Fresnay, le second mari, plus âgé, plus sérieu:-., moins séduisant, a pour lui les droits que lui donnc la loi; il a pour lui l'asccnd:int d'un amour gra\'C et profond; il a pour lui sa conduite im'.:prochable et toujours loyale. Entre les deux, que Ya faire 1!arthc? Elle lutte; elle est indécise; elle oscille entn; deux tendances contraires; et les combats qui font l'intérêt de cc drame intime sont constamment dramatiques et retracés de façon vigoureuse. Enfin, dans une dernière sc.::nctrcs mou1·emc11téc et qui serait encore plus saisissante, si elle était plus claire, - elle m'a paru mal régli:c - i\larthe, contenant et sacrifiant sa tendresse sccréte, se n'.:sout à rester auprés de son second mari, auprès de l'homme bon et loyal à qui elle ne peut rien reprocher et dont elle a promis de faire le bonheur. Le Seul Lim, cc n'est pas le lien légal que le monde a fonrn'.:;

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