LA RE\'UE SOCIALISTE Et il ajot,tc cc tableau sinistre, de la situation L'.1rméc, faible, éparpillée sur des frontières trop lointaines, Le sang du cccur qui ne ,·a plus jusques aux ,·cines, Le cccur lui-même avachi, flasque, outre vidée, Et p,mout k grnnd cri de lassitude épouvantée Qui s'ékvc et qui se prolonge dans l'espace: «.\quoi bon ,·ivre les lendemains? \ïvons la minute qui passe!» Pourtant, il ne se résigne pas, le noble Yicillard; il sent l'ctcndue du mal et il rnudrait lutter. \lais sur quels auxiliaires s'appuyer? Il a deux fils : L'un, Théodore, ne songe qu'à s'amuser; les Barbares lui sont indiHêrents. Il pense qu'aycc eux il y aura toujours des courti- ~ancs, du \'rn, des courses de çhar, des plaisirs de toutes sortes et qu'il serait pratique et commode de leur ouvrir les portes. L'autre fils, Chéreas, est honn6te et ,·aillant; mais il croit aux fatalités historiques, il a lu \ïco et ,\I. GustaYC Le Bon; il s'est baigné dans notre atmosphérc; il YOit sa race Yieillie et déclinante; il YOit la race jeune et nouYcllc des Barbares et il pense que, dans la lutte, ceux-ci doi\'Cnt nécessairement l'emporter. Enfin, !'Empereur a une fille, Hérakléa, en qui s'incarne l'âme de la jeune patrie, qui Yeut sauver s<:sdieux et ses croyances et le trésor des traditions antiques et son noble idbl. Elle prie, clic lutte, elle parle, elle excite le peuple. ,\lais le peuple est corrompu et lkhc et n'ecoutc pas ses objurgations. A la fin, les Barbares pénètrent dans Cbrysopolis, et !'Empereur, de desespoir, tue sa fille et se frappe lui-même pour ne pas assister à un si honteux desastrc. Telle est la donnée qu'a choisie M. Auguste \ïllcroy; clic n'est pas sans grandeur. Je l'ai dit : il ne nous parait nullcmL'nt prouYé que les nations s'usent et soient condamnées à disparaitre.: un jour sous une pousscc cxt1:ricurc. :\'bnmoins, l'agonie d'un peuple est un sujet sombre et tragique, digne de tenter un poète. Le malheur est que .\1. \ïlleroy a commodément dédaigne d'imaginer une action dramatique; il s'est borné à mettre en trois actes une conversation qui parait longue; cc n'est pas du thcàtre. Quant au style d'Jférak/éa, il est coloré et souvent Yigoureux . .\lais l'auteur, en nous an11onçant la ruine prochaine des choses, consomme d'abord celle de la \'ersification, comme on a pu le YOÎr par les quelques \'Crs cités plus haut: ni m<:surc, ni césure, et souYcnt pas de rime, mais une simple assonance. Eh! quoi, monsieur \ïllcroy, déjà les barbares! Gràcc, oh! grâce, je YOUSen supplie. On peut imaginer, j'm conYiens, un système de prosodie différent de celui dont la langue françai,c se sert depllis trois siccks. Lequel, je l'ignore; mais cc n'est certes pas le procédc grossier que YOUSapportez. En attendant que rnus ayez forgé un outil $Upérieur aux engins merveilleux dont tant
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