La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

CIIROXIQUE THÉATRALE tion du soleil. Ce n'est pas tout : les impatients écoutent aYec délice l'ange Gabriel, qui dit la bonne a,·enture rue de Paradis et qui ré,·èle l'approche des plus terrib!t:s catastrophes ,'tune foule de badauds ébaubis. Oui, cette soi-disant fin des choses que nous nous plaisons a envisager est une douce can:sse pour notre espoir qui est court; c'est un tendre oreiller sur lequel notre 1.tssitudc aime i s'endormir sans remords. A quoi bon agir? A quoi bon essayer d'améliorer œ qui est? Ne Yoyez-,·ous p,1sles Jaunes qui guettent et accourent déj,'t s'asseoir ù la table que Y0UScroyez dresser pour YOus? Et derriére les Jaunes, il y a les Noirs! Er, apn;s les :--:airs, \'Ous ne sentez pas un souille glacer déjà l.1 petite lanterne qui grelotte l.'t-haut dans le ciel? On dit progres, dé,·eloppc:ment, perfectionnement! Des gens qui se croient sages répondent en p,trodi.mt un roi : Fin du monde ! Et les conservateurs ont une bonne excuse pour ne rien faire. i\1. Gusta,·e Le Bon - le mèmc qui Yicnt de publier de remarquables rn1,·aux sur le passage Je la lumit:rc à tr.l\"ers les corps opaques - termine ainsi un line tout récent sur la Ps)'(bologiedes Foules: « Passer de la barbarie à la ciYilisation en poursuiYant un rê,·e, puis décliner et mourir dés que cc rè\'c a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d'un peuple. » Je ne puis discuter ici cette affirmation que rien ne prou\'c et qui repose seulement sur des exemples historiques; je me bornerai ,'t faire remarquer que le n;cit du passé n'est p,1s nécessairement le miroir de l'.l\"cnir; il est fort étonnant d'entendre des penseurs tout prêts :'t railler la prophc:tess..: de la rne de Paradis et prophétiser eux-mêmes imperturb.1blement comme s'ils aYaient reçu la visite de l'ange Gabriel. Mais, n'importe, cette opinion de la fin probable et imminente des ciYilisations harc.;le beaucoup de gens et Yoil:'tcomment clic s'est implantée dans le cen·cau de ,\{. Auguste \'illeroy, pour en ressortir cristallisée sous forme Je drame. Er nous possédons Ilù11/dt!n. Un drame, ai-je dit; est-cc bien un drame? c'est plutôt une longue co1wers:1tion entre des ombres qui font Je Li philosophie au sein d'une \'ille assiégée. )fous sommes je ne sais trop où, dans la cité imaginaire de Chrysopolis qui rcprc:sentc, si vous ,·oukz, Rome ou Constantinople, ou mème P.iris. Les Barb:ires sont aux portes. L'empire, affaibli, s'écroule et quatre Symboles causent de cet ccroulcment douloureux. L'Empercur - le Passé - se lamente; il n'espt'.:re plus; il sent qu'il y a dans la patrie quelque chose d'usé; la machine a fonctionné trop longtemps: L'empire meurt, charg.: d'oubli, poussière grise, l~cras0sous k poids de souvenirs trop lourds, D.rns les plis du manteau de pourpre des beaux jours.

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