La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA RE\'UE SOCIALISTE Cc qui fait la Yie, c'est l'unité, c'est la solidarité des organes ou des membres. « Quelle est la Yie d'un membre séparé du corps, et ayant perdu les relations oü il ctait dans la Yie générale du corps? C'est de pourrir, de se dccomposcr, pour passer ensuite, par ses éléments, Jans de nouYcaux corps ... « Et de même, séparés et ayant perdu leurs connexions qui constituaient le corps social, quelle est la Yie à part de la politquc, de l'art, de la science, de l'industrie? « L'industrie produit la richesse; mais la richesse mal distribuée engendre tous les Yices et toutes les misi:res. La science amasse une immense érudition de faits, decou\·re d'importantes \·érités; mais la science, absorbée dans les détails et pri\·ée de la Yue de l'ensemble, deYient Li plus aYcugle des cécités, et la science, sans la charité, produit tous les doutes et toutes les misercs morales. L'art, c'est-à-dire k sentiment, ne \·oyant autour de lui que cette decomposition du corps social, tombe dans le spleen et l'athéisme, ou rcYient aux conceptions du passé, et produit mille monstres semblables aux rêYes du malade que Li fiènc dcYore dans une crise terrible ... qui Ya le sauver. « Quant à la politique, clic est nulle éYidemmcnt, puisque sa fonction était de présider à cette unité qui n'existe plus, puisque c'était clic qui ctablissait dans la réalité YiYante ces relations, cc concours qui ne sont plus. Elle se réduit donc, pour les hommes que l'on appelle encore gouYemants il de telles époques, et qui n'ont pas le sens de la restauration de la socicté, il je ne sais quelle agitation égoïste, qui n'a d'autre mobile que leur intérêt ou leur Yanité. Et nc'.:anmoins, quoique alors la politique soit bien Yéritablement nulle et complètement anbntie, à tel point ml'me que son essence est niée et que son idee est tout ù fait obscurcie pour tous, il arriYe cependant que toutes les douleurs que la société ressent dirigent presque exclusivement son attention de cc coté; et, chose singuliérc, mais évidemment nécessaire, jamais on ne s'occupe tant de la politique que lorsque la politique est anéantie. « Toute cette fermentation de la mort pour engendrer la vie, toute cette agitation inquit'.:te et sombre, hagarde et comme insensée, qui a lieu ù ces époques, principalement dans la sphère des id<'.:cs politiques et d;tns l'art, peut tromper celui qui n'y regarde pas de près; il peut prendre les phénomènes qui se passent sous ses yeux pour de la Yie, son cpoquc pour une cpoque semblable aux pfaiod..:s ant.'.:- rieures. 11laiscelui qui contemple actiYement n'en prononce pas moins que c'est la mort du corps social et sait, en même temps, que ces phénomènes sont neccssaires pour former l'unité nOu\·ellc. « On rcpète tous les jours que les sociétés ne meurent pas ou ne meurent plus, par opposition aux petites sociétcs de l'antiquité. Autant vaudrait dire que rien ne meurt, puisqu'en effet les éléments

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