La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE La question de l'utile et du bien, ou de l'intêrêt et de la justice, n'est donc qu'une question particuliere dans une question plus générale: celle du beau, du nai, <lu bien et de l'utile. Elle se résout, d'ailleurs, sui,·ant la méthode synthétique, par un<' distinction. En présence de matérialistes ou d'utilitaires, d'une part, qui veulent assujettir au point de rne exclusif de l'utile ou de l'intérêt tout l'ensemble des rapports actifs de l'humanité aYec le monde, etde spiritualistes ou de moralistes, d'autre part, qui ,·culent assujettir tout l'ensemble de ces mêmes rapports au point de rnc exclusif du bien ou de la justice, il faut distinguer entre les rapports actifs de personnes à choses et les rapports actifs de personnes à personnes, entre l'industrie et les mœurs. Les rapports <le personnes à choses doivent être orga:1isés en vue de la subordination de la fin des choses à la fin des personnes; l'utile ou l'intén'.t est le critêrium <le l'industrie. Ici, le matüialisme a raison et le spiritualisme a tort. Les rapports de personnes à personnes doivent être organisés en vue de la coordination des destinées <leces personnes cntn: elles; le bien ou la justice est le critérium des mœurs. Ici, le moralisme a raison et l'utilitarisme a tort. Laissons donc au point de rne de l'intérèt les arts techniques, la théorie de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, du crédit. Qu'ont à faire avec la justice l'agriculteur, l'industriel, le commerçant, le banquier? Laissons au même point de vue l'économie politique appliquée qui n'est, en dêfiniti,·c, que le premier des arts, l'art des arts, c'est-à-dire Li thforic de la production agricole, industrielle, commcrciak cr financier..: de la richesse sociale s'effectuant au sein de la division du travail, entre les hommes en socictê. Au contrairc, retenons pour le point de nie de la justice la théorie de la famille ou la théorie <lc nos rapports de parents <.:t d'enfants, d'époux et d'épouses, la théorie du gouvcrncmcnt ou la théorie de nos rapports d'électeurs et d'élus, d'administrateurs et d'administrés, d'officiers et de soldats, dt justiciabks et <lc juges, enfin, la théorie de la proprieté et de l'impot ou la théorie <lc la répartition de la richesse sociale entre les hommes en société. Ici la justicc <loir régner en souveraine. Ccttc justice est-clic une justice rhéologique cr révél('.:e?En aucune façon : c'est une justice positive et scientifique. Cette morale, il faut le dire, est de la morale indépendante. Que je partage ou non toutes les opinions mét,1physiques et morales des partisans de la morale indépendante, pcn importc ici; je crois avec eux que la morale en général cr la mor.dc soci.1k en particulier pcu,·cnt et doivent ètre indépendantes de l.1 théodicé~ cr dc la métaphysique. :\ cet égard, j'ai pour maitrc, ,kpuis longrcmps, un grand philosophe peu connu : c'est Dccr,1.iycr, le Tucur-de-Daims, cette admirable cn:ation poéüque de Fcnimorc Cooper. Sdon k Tueur-de-Daims, chacun doit agir « con-

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