La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

)IÉTHODE DE COXCIUATIO~ 0{; DE SYXTIIÈSE 397 une complète indépendance imlividuclle, en dehors de toute solidarité sociale? :S.:on. Du nord au sud, de l'est à l'ouest, dans les contrées les plus lointaines lllssi bien que tout près de nous, dans l'etat le plus arriéré comme dans la civilisation la plus :l\·ancée, rcncontre-t-on jamais des hommes n'ayant ni art, ni l:ingagc, ni science, ni mœurs, ni industrie quelconques? D'autre part, y a-t-il des animaux, artistes et poètes, savants, pour,·us d'institutions morales et économiques;, >1011. Sans doute, la démarcation n'étant pas plus tranchée entre l'animal et l'homme qu'entre le végétal et l'animal, qu'entre le minéral et le végétal, on peut voir chez certains animaux des rudiments soit d'art, soit de langage, soit de famille, soit d'industrie, soit même de societé; mais on n'y trouve jamais les quatre catégories sociales existant ensemble et n'.:agissant les unes sur les autres dans les conditions qui font l'humanité. Donc, sans sortir de l'observation ni de l'expérience, nous éle,·ant seulement au-dessus de la réalité par l'abstraction scientifique, nous pou,·ons dire : L'homme est un être artiste, sa,·ant, moral et industrieux, et a,·cc cela sociable et 1hrogressif. Ces quatre catégories sociales : l'art, la science, les mœurs et l'industrie, sont essentiellement distinctes par définition même; et, plus on les observe, plus la distinction s'accuse. D'abord, entre l'art et la science, d'une part, les mœurs et l'industrie, de l'autre, il y a une ligne de démarcation tn;s tranchée: l'art et la science sont des rapports passifs; ks mœurs et l'industrie sont des rapports actifs. :--:ous subissons nos .'.:motions sympathiques et esthètiques, nous subissons nos notions et conceptions, nos idées; au contraire, nous faisons nos efforts moral'x et nos efforts industriels. Ensuite, entre l'art et la science, il y a une très grande différence : l'émotion est imfü·iduelle; l'idt'.:cest collecti,·e. Enfin, entre les mœurs et l'industrie, la différence n'est pas moindre : les faits industriels n:sultcnt de la \"Olonté, de l'activité des hommes s'exerçant à l'endroit de la nature impersonnelle: cc sont d..:s rapports entre les pcrsônnes et les choses en vue de la subordination de la fin des choses à la fin des personnes; les faits moraux résultent de la volonté, de 1':1cti,·itédes hommes s'exerçant à l'endroit des autres homm.::s : cc sont des rapports de personnes à personnes en YUC de la coordination des destinées de ces personnes entre clics. Ainsi, les mœurs et l'industrie ne sont pas moins distinctes que la • science et l'art ne le sont aussi. Chacun<.: de ces catégories a sa loi comme son but. Donnons, par conséquent, un nom it chacun de ces principes. Appelons beau le principe de l'art, vrai le principe de la science; appelons bien le principe des mœurs, utile le principe de l'industrie. :--lousdirons: le beau et le vrai, le bien et l'utile sont distincts et non identiques.

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