394 LA REVUE SOCIALISTE qu,rnd est-cc que le socialisme a raison ou tort contre le libéralisme, et quand est-cc que le libéralisme a raison ou tort contre le socialisme. Le socialisme a raison contn.: le libéralisme, q~and il se borne à affirmer le problémc social, à t.ichcr de le poser et de le résoudre; il a tort quand il n jusqu'à proposer l'application im1m'.:diatc et autoritaire d'une solution quelconque de cc probleme. Le libéralisme a tort ou raison dans les deux cas. Il a tort quand il se permet de nier la question sociale; il a raison quand il se contente de repousser la substitution ck l'autorité à la liberté en cc qui touche à la solution de cette question. Deux choses sont donc à distinguer ici : la thcorie, c'est-à-dire la sci,·11cc, d'une part; la pratique, c'est-à-dire la polilique, d'autre part. En matiè:rc de politique, c'est le libéralisme qui a raison contre le socialisme : il est odieux qu'une solution, quelle qu'elle soit du probl6mc social, ft'it-cc la Yérité sociale clic-même, prétende s'imposer à nous malgn'.: nous. En matiérc de science, au contraire, c'est le socialisme qui a raison contre le libt:ralismc : il est absurde d'interdire à nos inn:stigations le problémc social, soit en totalité, soit dans telle ou tel11:de ses parties. Il est absurde de poser comme un axiome incontestable, ainsi que le fait le libéralisme français, que nous aYons la sociét.'.:démocratique et qu'il ne nous manque que le gouYernement démocratique; autrement dit, de nous proposer, ainsi qu'il le fait aussi, la liberte ù la condition que nous n'en userons pas pour attaquer la propriété, la famille et la religion ; car si la liberté nous fait enYie, c'est tout justement pour discuter la religion, la famille et la propriéte; et si nous soupirons aprés le gou\·erncment democratiquc, c'est précisémcnt à seule lin de nous en sen·ir pour obtenir la socit'.:t<'d.:<'.:mocratique, et non point, comme le Youdraicnt les libfraux de france (je ne parle pas de ceux des autres pays, que je ne connais pas assez), pour procurer à quelques-uns d'entre eux de l'influence dans leur canton et des succès à la Chambre. La distinction trou,·<'.:e, laissons-là M. Prévost-Paradai qui n'est décidément pas tout it fait assez fort, et revenons à ~!. Schercr, nous lui dirons ceci : « La question est bien, comme Yous la posez Yous-m~me, entre la perfection et !.t perfectibilité. Les socialistes Yeulcnt une science parfaite et une société parfaite, l'absolu théorique et pratique. Les libéraux et ,·ous, \'OUS vous contentez d'une société imparfaite et d'une science imparfaite, du relatif pratique et théorique. Quant à nous, permetteznous, tout en nous contentant de la perfectibilité en matière de sociét<'.:, de Youloir la perfection en matihe de science. Pratiquement le relatif nous sufli.t; théoriquement il nous faut l'absolu. » Oui : je dis qu'en fait de science, nous pouvons être hardiment socialistes. En fait de science, nous sommes sur le terrain des id~cs,
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