La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE ,\ seul et, quinze jours aYant de partir, sous prétexte de retraite, il aYait dcm:rndé un lit au presbytère. Et cc soir-là, son dernier soir, il refaisait le chemin qu'ils a\'aient si sou,·cnt ensemble parcouru, dans le cœur comme un remords et le regret du bonheur enfui. III Un suprême frisson inonde la campagne de pourpre et d'or. Les champs roux sc teignent de lueurs d'incendie et dans les arbres palpitants éclatent d'a\'cuglantcs étincelles. La terre cric son enthousiasme; c'cst une fanfare de joie oü la maticrc, la plante, l'animal, l'homme confondent les YOix, les bruits, les cris, les soupirs, un dt'.:lirc de notes montant en gammes Yertigincuscs Yers l'infini. Et le soleil énorme, fauye dans un tumulte de rayons, de flammes et de rumeurs, s'enfonce à l'horizon. Et tout se tait. Sc fondent dans le bleu sombre les couleurs de triomphe, et la lumière crépusculaire, lente, s't'.:panche tremblante. Calme, la nuit s'allonge sur la nature recueillie pour le sommeil et l'amour. De petits cris d'oiseaux dans les buissons. Une alouette trille trcs loin, le chant d'un l:ibourcur inYisibk s'elcvc grayc et doux, se balance, s't'.:loigne, s'éteint. Ils marchent en silence, un espace froid entre eux, la figure assombrie. Chadot, les muscles raidis, les nerfs tendus à se briser, se cramponne:\ sa YOlontt'.:défaillante. « Je ,·eux, je Yeux ». Il s'étourdit de c.: mot, s'en fait une cuirasse, inaccessible à aucune autre pensée . .Marguerite guette un instant favorable. Elle pressent le combat. Humble, soumise, clic appelle. - Henri! - Quoi? Brusquement leurs regards se mêlércnt. Il faiblit, une poussée chaude dans lc cœur, l'énergie:\ la débàcle, les léHes balbutiantes. Il subit l'effroi de sa défaite possible, se redresse, tremblant encore de la Yision de son aYl!nir perdu, poings fermés, la bouche tordue, méchante, criant Yiokmment : - )Jon, non, finis, ,·a-t-en !... Marguerite fit un pas Yers lui, frcmissante. - Eh bien! je ne m'en irai pas. Tu m'écouteras jusqu'au bout. Car, enfin, ce n'est pas nai, dis, que tu Yas à ton grand séminaire? C\:tait pour saYoir cc que je dirais, si je t'aimais bien, si je m'accrocherais ,\ toi, afin que tu ne partes pas. \'oyons, rcpomls ! Dis-moi quelque chose! Fàche-toi !

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