LA VOCAT!OX Sa rhétorique finie à Saint-Gaultier, et ses deux mois lk vacances terminés, Henri Chadot entrait, le lendemain, au grand séminaire de Bourges. Il s'était juré d'étrc prétre. Pendant ses classes, toutes de vie douce et facile, l'horreur du travail manuel lui ctait wnue. Jamais il n'eùt pu retourner :\ la terre. On parlait bien dans les cours supérieurs d'élhcs sortis de SaintGaultier qui ne prenaient pas la sout,rnc. Ils se lançaient d,tns le monde, se faisaient rece\·oir bacheliers, ensuite avocats, médecins, pharmaciens; m.1is, outre que les maitres affirmaient que ceux-là étaient perdus, Chadot avait une trop vive répulsion du moindre effort pour essayer de les suiHe. Plus sou\·ent :\ la cure qu'à l.1 ferme, le temps des \·ac.mœs, il goùta bientot l'existence du curé Je campagne. La monotonie b.:ate des journées où l'on ne s'inquiétc de rien agréait à son tempérament flou. li ne comprenait pas de mcilleur plaisir que les repas minutieux, savamment discutés an!c la cuisini.'.:re, et les longues parties dc bo'.:teombr.'.:e, en compagnie des confrércs du voisinage. Comme il était bon fils, il se voyait pn'.:s de ses parents, désormais rentiers, pasteur d'une excellente paroisse, coulant des jours d'heureuse tranquillité. Cependant un point faible dans son vouloir le troublait parfois. Cc n'a\·ait d'abord i:té, jusqu'à leur séparation, qu'amitié entre cousin et cousine, élevi:s porte à porte. lis s'aimérent aprés les dix premiers mois d'absence. Une tendresse indécise chez Cha<lot; dans tout l'être une douceur p.lmante, par la seule présence de Margucrit.:. Celle-ci adorait son cousin. Elle avait une passion saine <.:t forte. Impatiente, elle attendait qu'il eùt achevé ses études et embrassé une profession libérak pour l'épouser. ~!argucritc était ambitieuse, citait les noms de ceux qui avaient réussi. Chadot souriait, approuvait, la tète grisée. Elle lui donnait du courage, et quelquefois il était saisi d'un ardent désir de bataille. Il voulait des difficultés à rnincre, des périls :\ affronter, des misércs à endurer. L'ardeur de l'action bouillonnait dans son sang, il eùt déti.é l'uni\·ers. Ces flambées s'étdgnaicnt vite. li retombait dans son apathie, décidé à ne plus voir t-largueritc. Le charme était si puissant qu'il n'avait pas la force de s'en aller. li s'excusait en pensant qu'il serait toujours temps <l'arrêter les projets d'aycnir, et joui,sait du bonheur présent. Prcsqu'au but il sentait fléchir sa \·olonté. En ctttc fin de \·acanccs, il avait évité sa cousine, esquiYant les rencontres seul
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