La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA VOCATION Elle s'approchait, cfllcurant de sa main le bord de sa m:inche. Henri, pardonne-moi, je deYicns folle ... Et clic disait en désespoir la détresse de leur amour. Elle exaltait les mois de ,·acanccs parmi les longues füincrics et les fleurs. - Tc souYicns-tu, lorsque nous allions te chercher dans la YOitun:' de l'oncle Baptiste? Comme nous nous serrions au fond, sous la capote! Tu me prenais les mains dans les tiennes et dmant tout cc ,·oyagc nous ne parlions pas, tant le bonheur nous étouffait! Et deux mois à nous! J'étais trop heureuse! Tous les soirs, je te rencontrais au même coin de la traine .. .\h ! les belles paroles que tu me soufllais doucement ... Dans mon lit, je ne dormais plus, et la nuit ctait toute rose, aYcc des musiques qui chantaient si bien que je croyais mourir de plaisir. Chadot ccoutait, indiffcrcnt, le cœur ferme. li n'a,·ait plus peur. Elle continuait trcs près, èYoquant la ,·ie d'an:nir, les ann.'.:cs d'i\Tcsse, d'amour, la joie des enfants, l'orgueil du tra,·ail. Elle lui jeta les bras autour du cou, le serrant passionnément. Elle essayait de le faire asseoir pour le YJincre. Ses lènes bégay,1ient et elle pleurait abondamment. - :\Ion petit Henri, mon petit Henri ! D'une secousse brutale, Chadot se dcgagca de son t'.trcintc et, pendant que ~largueritc tombcc déscspén:ment se lamentait, il s'ét1nç,1 comme un fou :i traYcrs la calme campagne cn:pusculairc. La Yoix rauque de terreur, noir sur le fond clair du couchant, il s'enfuyait cperdu, hurlant dans le silence : - Tu es la tentation! \'a-t-cn ! Va-t-cn ! Cependant \'énus scintillait tendrement. LOUIS Lt:)IET.

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