La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

L'AGIOTAGE SUR LES )!INES D'OR 293 jouant il la baisse. ccDépasser le but, c'est manquer la chose", comme il est dit dans la vieille chanson de ccChère tante Rose ". Les annonces :i grands fracas de kracks formidables, qui ne sont en rcalité que des fluctuations de cours régl(:cs comme du papier il musique sur les lignes duquel les doubles et les triples croches tantôt montent jusqu'aux notes les plus aiguës, et tantôt descendent jusqu'aux tons les plus gra\·cs, sont faites plutôt pour attirer que pour écarter l'incurable gogo, qui n'est pas joueur de profession et qui est la proie désignée de l'agiotage frauduleux. L'intérêt social est d'exposer la Yérité sur les mines d'or de l'Afrique du Sud, sans parti-pris, aYec l'esprit d'étude impartiale de cc facteur nouYcau parmi les phénom.'.:nes économiques les plus n;volutionnaircs de la décadence capitaliste. A la prochaine reprise dcs cours, les loups-cerviers de la Bourse et du Stock-Exchange vont organiser effrontément une nouvelle battue. Que des é\•éncments de politique européenne, complications en Orient ou ailleurs, Yicnncnt à l'aide des agioteurs pour faciliter et excuser leurs opérations, et l'on assistera il d'autres brigandages financiers, dont on rejettera la rcspons,1bilité sur lcs exploitations miniO::rcsqui sont le pretcxtc et non la cause du mal. Et la haute finance célébrera derechef la mème fètc, si profitable aux gros et si ruineuse pour les petits. La fiène de l'or, l'ardeur des co1woitises qu'elle allume, les esperances de rapide fortune qu'elle entretient offrent il la speculation un champ merveilleux de manœunes troublantes et déconcertantes. li ne s'agit pas seulement de rechercher l'origine d'un scandale que les usages tol.:rcnt avec indifférence, tandis que le gouvernement demeure ébahi et impuissant; il faut faire YOir aussi que cc scandale financier, qualifié sans raison de krack des mines d'or, sera périodiquement organisé pendant on ne sait combien d'années. S'il y avait eu un krack des mines d'or semblable :\ celui de l' U11io1g1d11érale ou de l'ancien Comptoir d' Escompte, il ne serait plus qucstion depuis longtemps de la fantasmagorie des richesses du TransYaal. :\lais la base des agiotages scandaleux de l'heure actuelle n'est pas fantasmagorique. L'Eidorado du \Vitwatcrsrand au Transvaal n'est pas une chimére. Tandis que la passion du jeu fait passer sur les marchl'.:sd'Europe un Yent de folie amoncelant les ruines, l'industrie aurifère continue de se dé\-clopper ml'.:thodiqucmcnt, graduellement et imperturbablement. LA VRAIE CAUSE DE L'AGIOTAGE Des crises financières beaucoup plus graves ont déj.\ troublé les entreprises minicrcs de l'Afrique du Sud; il serait absurde d'affirmer

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