La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

280 LA RE\'UE SOCIALISTE Ceux qui font de la sécurit..: sociale la somme cks securités personnelles ont le droit d'être plus exigeants; la misere du petit-fils ne les console pas des rapines de l'aïeul. Ils ne la considc::rcnt ni comme une indemnité ni comme une r.111çon, car si l':waricc de l'un cn;a une fortune que la prodigalité de l'autre dissipe, on ne YOit pas en quoi ces deux Yiccs, également méprisables, profitent à l'huma- _nite. L'argent vol.: par l'aïeul aL1x laborieux ne sera pas rendu aux laborieux par le petit-fils prodigue, mais sen·ira à augmenter la demor.1lisation publique, non seulement par le scandale d'une richesse mal cmploy.'.:e, mais encore et surtollt par l'œuYrc de depra,·ation que cet argent accomplira sur c-::ux qu'il aura seulement efficurés. ;-,!'on, k fils prodigue ne rend pas ,i la société les millions du père aYarc. Cc n'est pas au tr~,·.1il ni à l'ar~ ni i la science qu'il consacre cet or acquis par droit de naissance; il ne connait que le traYail louche des parasites, il calque sur eux, sur leur abjection tout le reste de l'humanité; il ne connait en fait d'art que les poses lasci,·cs des damcuses et à la science il ne donne que son corps délabré à soigner. Ses liberalités sont pernicieuses, clics proYo,1ucnt un malsain pullulement d'escrocs, de filles et d'entremetteuses. La s.'.:curit.'.s:ociale ne pcllt donc se trouver que dans la solidarité des membres utiles de la société. C'est aux œuvrcs de production que la solidarité doit s'exercer; de même que, par leur moyen, la richesse publique s'accroit, de mèmc, par leur but, elles doin~nt donner i chacun la garantie qu'il aura sa part de cette richesse. Cette garantie, les possé:dants, qu'ils tr:l\·aillcnt ou non, la trouvent dans le système des actions et des obligations; les risques m<:mcs que pourrait courir kur capital sont att.:nué:s par le systémc des assurances. li faut que l'or,ln:: social trouYc de semblables garanties pour les producteurs que l'org,1nisation actuelle a sé:pan:s du capital. Par quel moyen k regimc capitaliste donne-t-il de telles garanties à ses b.'.:néficiaires? Par la pratique de l'association, qui implique solidarité. Le socialisme, en .'.:tendant cc moyen à tous les proJucteurs, ne va donc pas contre les faits actuels; il suit leur mouvement et les fait servir à tous au lieu d'en laisser le bénéfice à la minorité. C'est donc dans l'association intégrale, avec ses garanties contre les risques de toute nature, que les producteurs trou,·eront la sccurité qui leur fait de plus en plus , défaut. !\lais l'homme ne vit pas seulement de pain. Si l'association devait correspondre à une diminution de liberté pour l'individu, s'il devait s'incorporer passivement à une sorte de machine sociale, bon nombre d'entn.: les meilleurs préfcreraient l'indépendance affamée à cette situation humiliante de rouage abondamment graissé, mais graissé à heure fixe. On aura beau objecter que la substitution de la machine

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