LA RE\'UE SOCIALISTE Spcnccr que plus lcs sociétés en se perfectionnant acquièrent de rcsscmbl:ince aYcc les indiYidus des espèces supérieures, plus elles manifestent la solidarite qui lie tous leurs organes. Dans les sociétes primiti,·es, chaque groupe, chaque famille est un organisme complet, mais rudimentaire, et quasi-autonome. On pourr:tit, dans les peuples ainsi erg.mises, tailler des peuples indépendants <JUiYi\Taicnt de leur Yic proprc, comme vi,·ent certains fragments d':111i111aurxudiment:tin.:s. L'organisme dc nos ciYilisations est plus délicat. De même qu'on ne peut bksscr un animal des cspeccs supérieures sans qu'il y ait influence sur ks autres parties non atteintes de l'organisme, de mt'.:m<.t:oute modification sociale, toute perturbation en apparence insignifiante se r.'.:pcrcut<.:sur toutes ks parties du corps social et y produit les plus lointain..:s conséquences. Prenons un exemple dont nous sommes journellement frappés, car il nous donne le tableau d'une apparent<.: contradiction dont se sont .i maintes reprises doulourcusem..:nt émus certains partisans du déwloppcment pacifique de la ci,·ilisation : En m.:me t<.:mps que le n'.gime d.'.:mocratique achcYe ses conquêtes dans l'ordre politique, le militarisme se d.'.:,·eloppe dans toute l'Europe, et chaque frontière est une forteresse. :\lais est-cc k n'.gime militaire de l'.incien règirn<.:, où une nation d<.:Yingt-cinq millions d'hommes s<.: gardait ou même faisait des conquêtes a,·i;c une armee de cent mille soldats? ~on, quelque rs:vcil appar<.:nt de barbarie qu'attestent les budgets de guerr<.: croissant, on est forcé de reconnaître l'influence de la démocratie sur la constitution mème des armfrs modernes, où, sauf les c:idres, il ne s<.:rencontre plus de militaires professionnels. L'c:galité pour tous du serYi(c militaire, en même temps que les réductions successives de la durée de cc scn·ice tendent à faire des armees européennes des gardes nationaks excellentes pour la défense territoriale, mais de moins en moins apt<.:sà la guerre de conquête. Pour un temps, les citoyens se militarisent, mais on pn:Yoit <léj:i l'instant où, logiquement, c'est ks armées qui se ciYiliseront. Oscra-t-on, alors, faire de ces forces, dcYenues conscientes, l'instrument des ambitions des uns ou des rancunes des autres, et ne trouvcra-t-on pas dans la notion du droit d<.:snationalités, désormais entrée dans IL~ccrv..:au de chaque peuple ;ouYerain, une protection suffisante pour chaque frontière! Il faut signaler :mssi une autre conséquence, heureuse pour l'a,·enir, de l'cxcés actuel de militarisme. Sans l'année, que d'hommes eussent Yécu tout<.:leur Yic dans l'.'.:troit et rudimentaire cercle d'activité d de solidarité que constitue le village! Le soldat n.:Yient au pays aYCC d'autres mœurs, de nouYeaux goùts, des aspirations jusqu'alors comprimées. Il n'y rcst<.:ra pas longtemps dans cc petit groupe oü il ne trouœ pas de quoi satisfaire l'individu nouYeau qu'il est devenu.
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