La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

L'IDÉAtlS~lE SOCIAL N'est-il pas là tout entier, le Yéritable idéalisme, s,111srien qui choque la raison, bien au contraire, et additionné de toutes ks milites morales et sociales qu'il engendre naturellement. L'homme qui atteint à cette noble conception, au lieu de rû\'l::r :i son de\'l:nir personnel, que tout lui dit dcYoir s'arrC:ter à la mort, rê,·c au de,·enir du monde dont il est et auquel sa culwrc l'a porté à s'intéresser plus qu'à luimêmc. Il susbtitue à l'idéal in<liYiducl, qu'il sait irrccl et inutile, l'idéal collectif, qui satisfait pleinement sa raison et lui procure la plus hame satisfaction morale qu'il puisse imaginer. Vest-il pas ainsi plus rcellemcnt et plus complètement idéaliste que le dcYOt qui achète en bonnes œuncs et surtout en prières une part du paradis? ).;e l'est-il pas aussi plus noblement! Quelle comp.1raison établir entre l'cgoïste crcdule qui paie de menus sacrifices temporaires une éternité de joie, et l'altruiste conscient qui donne tout, fait sa joie d'agir ainsi et trou,·e dans cette joie une récompense tellement suffis:111tequ'il ne demande même :\ personne de lui en sa\'Oir gré. ,\u JeYenir indi,·iduel opposons Jonc en toute con fonce k dcYenir collectif, qui nous intéresse danntage à mesure que nous entrons plus aYant dans la connaissance du monde. Accomplissons d'une manicre réflechie les tàches et les sacrifices que nous croyons nécessaires .. \insi procédl'.:rent les martyrs, les héros et les génies de l'humanité; c'est parce qu'ils ont incarné et affirmé la conscience collective, que leur œunc n'a pas été Yaine et que nous sommes entrés dans l'héritage qu'ils nous ont assuré. Sui,·ons l'instinct du peuple, cet instinct sauYeur de l'espèce. Il a un idt.':alcollectif qui fait la grandeur de chacun, tout en promettant la Yictoirc à tous. Il appt.:lk à l'œunc commune toutes les intelligences et toutes les énergies. li est, il fut, il sera toujours l'inépuisable rèscr\'Oir de force et de ,·ie. Les héros, les martyrs, les gcnies n'ont été que les interprètes de sa pensée et de sa ,·olonté. Leurs actes, leurs sacrifices, leurs prophéties aujourd'hui Yérifi<'.:lseur ont été inspirés par le besoin qu'a\'ait le pcupk qu'on agît en son nom, qu'on se sacrifi:tt pour lui, qu'on cre,h l'a,·enir pour ses enfants. Si cc besoin n'avait pas existé, quelque pcrsc,·érancc, qudque hardiesse qu'ils eussent mises dans leurs actes et dans leurs œuvrcs, actes ni œunes n'eussent compté pour rien dans le bibn de l'hunrnnitc'.:. Si Empédocle descendit dans les profondeurs de !'Etna pour arracher à la nature un secret qui angoissait ses concitoyens, cc fut un grand homme; s'il s'y precipita pour illustrer son nom, ce fut un fou. L'histoire n'a pas que ces incertitudes; elle a aussi ses injustices : n'a,·ons-nous pas \'U notre patriotisme local, en ses jours de mau,·aise foi, comparer l'héroïsme de Rostopschine à la démence d'Erostratc ! l\!ais qu'importe .\ celui qui se satisfait en accomplissant son dc\'oir !

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