La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE ,·. - Le sentiment le plus tenace dans l'homme est assurcmcnt celui <le sa propre éternité. Le besoi1~ de se survinc nait pour ainsi dire an:c l'éveil de la conscience au sortir même de l'animalitl'.: pure. Aussi, l'homme a-t-il eu pour premier idéal un peu relevé sa propre sun·ic. Il lui est difficile de penser qu'étant aujourd'hui il ne sera plus demain. Tant que l'esprit humain a pu croire au mystcre <l'outretombe et lc supposer animé, chaque groupement d'hommes s'est forgé un idcal ,k sur,·ie, calqué sur ses mœurs et sa cérebralité actuelles. Le besoin trés idéaliste de justice et d'égalité trounit là une satisfaction suflisante. La mort réparait les iniquités du sort, la vie n'était qu'une i:preuve. Le \Yalhalla, lt.:s Champs-Élysées, le Paradis s'ouniraicnt devant les forts, les justes, les doux. Les mal vivants seraient tourmrntés éternellement. La morale trouvait, autant que la religion, son compte à ces croyances n'.:paratriccs. Sont-dlcs permises, ù pn'.:scnt que la science fouille ks cieux sidér.rnx et les enf.:rs géologiques? Oü donc à présent se réfugiera l'homme qui ne veut pas mourir tout entier, où donc logera sa pensée qu'il croit éternelle, celui qui consent d<'.:jùa,·cc tant de répugnance à abandonner sa carcasse aux vers du tombeau? Que celui qui sl'.:pare la pensée du corps et croit qu'elle est elle-même un corps susceptible Je ,·inc sans les organes indispensables :i la vie ne pousse pas plus avant cette lecture. Il a son idéal à la mesure de son esprit; point n'est besoin pour lui d\:n décounir un autre. Cc travail est fait pour ceux qui, av,mt de cesser de croire aux hypothéses spiritualistes, plaçaient tout' leur idéalisme dans la survie personnelle et qui, depuis que leur raison ne leur permet plus de croire, en sont Yenus à nier toute possibilité dïdéal et à s'rn désespérer. Quel i,!6al, donc, adopter? Quel domaine rendre aux n'.:Yeset aux aspirations de notre contemporain, à présent qu'il sait que sa destinée pcrsonnelle s'arrête à la tombe; que, si haut que sa pensée se soit éleY<'.:ce, lle s'arrète a,-cc la vie; que, quelque grande situation qu'il ait acquise, il la lui faut quitter; que, de même qu'il ne fut pas avant sa naiss,rncc, il ne sera plus apri:s sa mort, qu'un peu de pourriture, puis de cendre, puis plus rien! A quoi bon, des lors, l'effort, le sacrifice? Puisque la Yic n'est qu'un moment, pourquoi les contraintes? Puisque le mal peut ne pas trouYer ses sanctions, non plus que le bien, pourquoi les renoncements et pourquoi pas le déchainement des appétits? :--::osaïeux ont été de grandes dupes. Sachons mieux nous conduire. Forts, écrasons les faibles. Faibles, appelons la ruse ;i notre aide. Puisque rien n'est di:,·ant l'impassible nature, qui nous jette un matin sous le soleil et un soir nous enfouit sous la terre, puisque le ,·icc et la Y<èrtu,le crime et l'héroïsme, la paress<èet le labeur sont des expressions indifférentes de

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==