La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

L'IDÉALISME SOCIAL !11\'enter, créer ,ont des mots que nous appliquons aux combinaisons qui, des choses anciennes font naitre des choses nouvelles. Ainsi se conforme l'esprit aux faits, dont :l est d'ailleurs l'émanation et l'expression. Ainsi se fortifie dans le domaine de la pensée la loi d'éYolution reconnue exacte dans le domaine des faits. De mi':me qu'il n'y a pas de formation spontanée en géologie, ni de génération spontanée en biologie, il n'y a pas création spontanée de la pensée, et lorsque celle-ci de\·ance ou déforme ses Yisions et ses souYenirs, par aspiration vers l'awnir ou regret du passé, lorsqu'en un mot l'idéal s'affirme, il fournit une preuYe d-e plus à la théorie de l'évolution. L'idéalisme étant une irrésistible tendance à une Yie meilleure, plus complète, prolonge en esprit les réalités actuelles. ;-,;'est-il pas, par là mi':me, la forme pensée de l'éYolution? Qu'est-c..: donc qui cm pèche qu'il n'en devienne l'agent conscient? Ne l'est-il pas, d'ailleurs, ne l'a-t-il pas cté de tout temps? En France, où l'idée politique a toujours précédé le fait, n'a\·ons-nous pas vu, notamment, les légistes poser, des le quatorziemc si.:cle, le principe de l'égalité de tous devant la loi! Dans le monde moral, est-cc que le christianisme n'a\·ait pas post::, après les philosophies antiques, d'ailleurs, le principe de l'cgalité des hommes dans la vie supra-terrestre! Applique à la morale, à la politique, à la sociologie, l'idblisme éclairé par la science peut aYoir la valeur et l'utilité de l'hypothèse dans les sciences naturelles. Cette force, alimentée par la connaissance du réel, disciplinée par la raison, doit ètre un des propulseurs essentiels de l'éYolution individuelle et collective. La mcpriscr ou la négliger, c'est la laisser aux mains inexpérimentées de ceux qui ne cherchent pas des enseignements "Jans le passé, mais des exemples. Les esprits scientifiques qui ne se sont pas confinés dans k domaine qu'ils explorent et sentent la nécessaire relation qui existe entre toutes les parties de la connaissance, en même temps que la part d'action 'qui incombe à l'homme pour se detcrminer dans le sens de son développement, ces esprits-là n'ont jamais condamné l'idcalisme, qu'il s'appelle métaphysique en philosophie, hypothèse dans les sciences ou utopie en sociologie. Il est plus urgent que jamais qu'ils fassent partager leur co1wiction sur ce point à tous ceux qui ont une influence quelconque sur la pensée de ce temps, si l'on ne \"eut voir tomber aux négations stériles et aux scepticismes antiscientifiques, pires encore, de belles intelligences déréglées ou découragées. Le monde moral et social flotte en cc moment à l'abandon entre les deux .:cueils également périlleux du mysticisme, qui n'est que l'id<'.:alismenon éclairt'.:, et du matérialisme, qui est l'éYolutionnisme inorganique. Plantons un ph,1re sur chacun de ces écueils et ces moyens de perdition deYicndront des moyens de s:ilut.

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