260 LA RE\"l;E SOCIAUSTE faudrait en même temps accepter les dogmes que sa rnison rejette. Il a YU, d'autre part, Je caractérc purement hypothétique des philosophies ; y cùt-il manqué, ses maitres se fussent charges, par leur enseignement, de le fixer dans l'incertitude sur ce point. Et c'est l.1 certitude, l'absolu, qu'il lui faut. L'.lge venant, qui aménc la fatigue, il se résignera peut-être :\ l'humilité d'esprit par laquelle on retourne sans ré,·olte aux croyances enfantines, ou bien à balancer noncha1:umncnt sa pensée lasse :\ tra,·crs les hypotht':ses métaphysiques, qui sont le plus noble pa~sc-temps de quiconque a renonce :\ ,·i\'fe a,·cc les hommes, ou pour eux . .\lais, pour l'instant, il ne faut point lui parler de ces repliements peureux ou égoïstes de l'esprit. li Yeut une règle de ,·ie, parce qu'il ,·eut vine; il la veut générale et non personnelle, parce qu'il ne Yeut ni ne peut vi,•re seul. D'instinct, il s'attache au lien de solidarit<'.:que lui prou,·eront peut-être, plus tard, l'étude et la réflexion, et il n'entend pas s<'.:parersa destin<'.:ede la tkstince collective. Il est à cette époque de l'existence où la solitude est impossible, inconceYablc même. Les joies, ks peines, les traYaux, rien ,les actes de la jeunesse ne sc produit dans la solitude, que peu,·cnt seuls supporter sans en souffrir les Yieillards et les malades. Quelques critiques qu'on ait faites dc leur morosité actuelle, on n'a pu reprocher :\ nos jeunes gens d'être moroses solitairement. Cc n'est pas leur silence, certes, qui nous a instruits de cette disposition ; ils nous en ont fait eux-mêmes la confidence :\ grand bruit de brochures, de renies et de conférences. Dans cc dcsorientemcnt inquiet, surgit un jour le point où peut se fixa l'esprit. La lecture de Darwin ou plus simplement, pour les jeunes gens de culture au-dessous de la moyenne, quelque ouYrage de n1lgarisation arrête les incertitudes pour un temps. La tn:s attachante théorie de l'cYolution énumère ses prcuYcs, échafaude ses hypothO::scs si plausibles, au grand soulagement de l'inquiet penseur noYice. S'il trouYc en son propre fonds de quoi vi,·ificr la théorie et la muer en doctrine, tout ira bien et il aura trouve le repos de l'esprit en même temps que la rcgle Je conduite qu'il cherchait et que ni l'cducation familiale, ni l'instruction universitaire, ni le dogme religieux n'aYait pu lui donner. Cette thcorie lui su/lira dans deux cas très opposés. S'il est pratique <.:1 terre-à-terre, YOlontiers ëgoïstc, il la prendra da)1s sa lettre morte et l'acceptera si bien qu'il en fera la justification de tout cc qu'il entreprendra pour rendre agr<'.:ablesa propre existence, fùt-ce au pri't du malheur d'autrui. Il entrer:i d:ins la lutte' pour la Yie comme un homme de proie et fera taire dans un bruit Je phrases scientifiques cc: qu'il aYait pu hériter de conscience; scion le mot d'Alexandre \Veil, il m:iximera ses pratiques autant qu'il pratiquera ses m.uimes. Il ne
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