La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

L'rni:.u1si1E SOCIAL 261 sera ni un Lebiez ni un Raskolnikoff; car tout criminel Yiolcnt est un malade, un dégénén:, et lui entend ètrc parfaitement équilibré. [l se contentera d'ètre une franche canaille, quand son intén'.:t sera en jeu, et un bon g,1rçon, pour se conserYcr d'agréables relations. Si, au contraire, une hén:ditairc passion de logique et de justice se joint en lui à une Yolonté fenrn:, il ani1rn:ra le mécanicisme d.: la théorie érnlutionnistc; aux luttes entre indiYiJus de même espèce, il substituera instinctiYcmcnt la solidarité des indiYidus dans l'espéce pour b lutte collectiYe contre les autres espéces, puis s'élèn:ra au concept supérieur de la solidarité de tous les êtres anim.'.:s; il Jécounira, sans les aYoir lus, Spencer et Gupu, et, de la loi physiologique, il fera découler, par analogie, la loi psychologique et la loi morale. De ces Jeux adolescents, ne nous occupons plus: le premier est p.:rdu, et k second sauYé. Entre ces deux robustes, l'un d'une robustesse physiologique de carnassier, l'autre d'une robustesse cén:brale d'homme de l'aYenir, se place le débile ou plutôt délicat jouYenœ,rn qu'il faut déterminer à \·ouloir; car il n'emprunte son ressort d'énergie qu'aux êtres dont il est entouré. \'éritablcment, il mérite d'ètrc encouragé, soutenu, dirigé. Son ê1me est tendre, il répugne ,\ l'action :\ crnscs des Yioknces où clk conduit, k rè,·e l'épuise faute de s'alimenter aux sourc.:s de la rblité. Il cherche, dans l'art et dans la littérature, b beauté et l'harmonie qu'il n'a point découYcrtcs dans la Yic, et il satisfait dans l'c.:sthétiquc son be,oin d'absolu. :,,{aiscomme il est de naissance un aristocrate de l'i:sprit, comme, d'.mtrc part, il est à l',igc OLl l'on ne peut rêwr que tout haut, la littérature artiste et l'art littcraire cesseront bientôt de lui suffire. Il introduira sa préoccupation morale et philosophique dans son œune ou dans son rê,·e; ct si son œuvrc sera fatalemcnt un rêYc, son rêYc ne sera pas une œuY1e. Domim: par son souci csth.'.:tique, il Ycrra les choses de 1:1 pens.'.:cayec des yeux d'artiste. Il lui faudra des im:iges, comme aux enfants, et les plus étranges, les plus étrangércs Yoire les plus anciennes enluminures de l'art le plus naïf auront ses pn:fércnœs. Et, par une réaction bien compréhensible, l'image déformera cn lui l'idée, car l'image ne sera p:is pourlui un document de cc qui fut, mais un modi:le de ce qui doit être encorc. Les cathédraks, les liturgies, les thaumaturgies, les magies, les frissonnants mystèn:s d..:s religions et de leurs multiples hérésies, embellis par le rccul du temps et de l'espace, deYicndront ses thèmes fayoris, et il marchera Ycrs l'ayenir à reculons, les yeux fixes sur le passé. Il n'e,t point question ici de cette fugitiœ sorte d'esthètes dont l'unique occupation fut Je Yider de pensées un ,ocabulairc, déjà oublié, qui ne fut j:imais appris. Cette mode a éti'.:purement littéraire, au sens étroit du mot, et les jeunes gens qui l'ont portée pcun:nt être

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