La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

L'IDEALIS)IE SOCIAL 2 59 longtemps côtoie les grandes poussées de l'humanité, ne doit pas nous masquer le but où clic tend, aYec l'inconscience, mais aussi aYcc la sùreté de la plante poussant ses racines \·ers une source nourriciére. Ici, nous entre\·oyons, sinon un but, du moins une direction que sui\·cnt a\·cc une méthode, qui sans ce~se s'am61iorera, les intelligences nagucre disciplinées et dirigées par l'Eglise, aujourd'hui abandonnées de l'Uni\·ersité. Celle-ci, d'ailleurs, comme celle-là, étant un produit du milieu mental et social, ne peut lui rendre que cc qu'elle en a reçu. Quand le na\'ire sombre, le c,1pitaine n'est pas plus en sûret6 que le dernier des mousses. Si l'on ,·eut assister aux péripcties de cette dcb:îcle d'.imes, toute prodsoirc, il faut obsen·er d'abord le jeune homme contemporain et le suivre dés l'cYeil de ses sentiments et de ses pensées. Dans la famille, il reçoit un enseignement tout de forme, d'attitudes et d'habitudes, qui pcut se fixcr dans cette courte formule : décence et probité. « Discutc-t-on les régies du whist? » fait dirc Stendhal :.i son politique mod.:le. Les r.:gles du jeu social où notre jeune homme est appelé :.i faire sa partie ne comportent que cl.'s deux Yertus nécessaires, mais passh·es. Son hérédité, bien plus que les leçons, le plie :.i cc sommaire drcssage moral, qui n'est pas d'une qualité supérieure à celui grke auquel les animaux familiers de l'appartement n'incommodent leur maitre ni par des incongruités n.i par des larcins, mais le laisseraient a\'CC sérénité étrangler par un intrus. li a pour p.:re un bonnète homme, p,1rbleu ! plus pn:occupé dt: batailler pour sa Yie et celle des siens, que de songer aux destinées de l'espèce, et dont tous les actes de la Yie de relation, accomplis sous 11:syeux de son fils, seront in6,·itablemeut de cruels et ironiques démentis aux maximes de morale actiYe qu'on enseigne par surcroit aux jeunes gens, morale qui passe des livre, aux lèncs et s'é,·anouit en paroles. Sa mére, qui en doute ! est une non moins honnête personne, qui ne pense à l'au-deLi indiYiducl, que pour le faire osciller, scion le rythme réglé par son confesseur, entre ces deux pôles : le ciel et l'enfer, aYec une prudente résignation à un purgatoire d'où l'on sort moyennant des prieres mercenaires marquces en chiffres connus. Que peu\'cnt édifier sur cc tuf incertain les écoles, même dites supérieures? Rien, puisque, par surcroit, les matériaux :.i leur disposition ne sont que débris dispersés de l'ancien cdificc. Songez cependant au sérit:ux de la jeunesse en matière de certitude, et qu'à cet .igc plus qu'à tout autre le besoin d'absolu est impcrieux. Si le cerwau de notre jeune homme est de quelque qualité, cc sera le chaos, un douloureux chaos où tourbillonnera la pensée. li prendrait bic.:n,·olontiers dans la religion qu'on lui ensdgna les règles de conduite qu'il sent indispc.:nsables et qu'il cherche a\'ec tant d'ardeur, mais il lui

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