RHUE DES LIVRES sante. Notons que Owen niait absolument la légitimité du capital, du profit, de même que tomes les formes de la propriété indi\'iducllc. :'11.Gide, dans la préface qu'il a écrite en tète du rnlume, reconnaît que, par suite, le collectivisme marxiste peut réclamer Owen parmi ses pères. M. Gide, fidde à une \'ieille habitude, a décoché en passant quelques méchancetés presque aimables au socialisme en général et à Jaurés en particulier; mais il ajoute quelque part une large et haute pensée, que nous ne pournns nous empêcher <le reproduire : « Il faudrait mentionner encore, à l'actif d'Owen, une autre idée : celle de l'l11tcmatio11alis111e, qui touche de si prés au socialisme et qui en représente peut-être k côté le plus lumineux, celui par lequel il pourra rallier le plus d'esprits généreux. ~ A. DELO~. * * • Bibliothèque de la « Critica sociale >>. - Filippo TuRAn, I sobil/11/ori (les meneurs). De cette bibliothèque de propagande que recommandent assez les noms des auteurs, une brochure, entre autres, a un cachet particulier d'actualité : 1 sobil/atori (les mençurs), par Filippo Turati. Le premier chapitre, Èd11mlio11 servile, met èn lumière, d'aprés Aristote et H. Spencer, cette loi que la psychologie d'un indi,·idu, d'une classe, est dépendante des conditions sociales. -Cne \'ic d'escht,·e crée une :îmc d'esclave, dés qu'elle se poursuit à tra\'crs plusieurs générations. Ainsi devient possible la tyrannie bourgeoise par l'assentiment et l'ador.1tion tacite ou expresse des opprimés. C'est le mythe poétique de Caliban. Ceux qui échappent à la loi sont des héros ou des martyrs. Dans le second chapitre, Sélectio11S<'rt•ile, sont établies les lois de ladégénérescence physique et morale desclassesasservics (les ré,·oltés mis à part); une seconde loi contrebalance les premières, on veut parler de la loi de dégénérescence des classes parasites : Alphonscs du travail, Alphonses de l'amour, Alphonses de l'art et de la science, ces derniers, les moins connus (la scène ne les a pas popularisés) mais non moins curieux que les autres et beaucoup plus nombreux qu'on ne pense. J sobillatori (les meneurs) sont le sujet du troisième chapitre. Il a donné son titre à la brochure. On appelle sobillatori les hommes élevés dans la classe bourgeoise qui, sous la pression de circonstances multiples, ou par un parti pris héroïque de la \'Olonté, se sont cvadés de leur classe et se sont constitués meneurs du mouvement ouvrier. On les distingue immédiatement de ceux qu'on est convenu d'appeler les bohèmes et surtout les refractaires. Ce sont ceux qui ont passé à l'autre rive « avec armes et bagages». On les qualifie parfois de «déclassés» et l'expression est exacte. Elle comporte un bon sens : n'est pas « déclassé» qui veut dans ce sens-lit; il y faut une instruction solide, une rare force de caractére, une endurance stoïque, une extraordinaire puissance acquise :\ s11pporterles calomnies de b classe désertée d'une part, et d'autre part à ne pas tenir compte des suspicions ombrageuses. Les meneurs sont accusés couramment d'avoir le cœur rongé
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