LA REVUE SOCIALISTE d.!s .\ristote, des Machiavel, des llobbes, des Spinoza, des Montesquieu ; cc réYolutionnairc est un classique. Classique, hélas ! en un autre sens, Rousseau ne l'est guère; mais il doit le devenir. Il faut sans doute un certain recul pour qu'un auteur mérite d'être étudié dans les classes et cc ne serait pas une bonne méthode pour lüœr le progrcs de demain de s'inspirer exclusivement des idées d'hier; mais le dix-neu\'ièrne siècle ,·a finir; le dix-septième est bien loin ; n'est-ce pas au dix-huitième à de\'enir le siècle classique par excellence ? Jadis on a porté le Contrat social ouvert parmi les barricades : on en a proclamé ou condamné les principes avec passion ; il faut maintenant l'étudier patiemment, le lire et le comprendre. Le Contrai social, bien lu et bien compris, est, sinon le catéchisme politique de la démocratie moderne, du moins l'évangile de la sou\'eraineté populaire. Il doit être commenté, discuté et le line de M. Dreyfus-Brisac rend cette discussion plus facile. Cn dernier mérite du volume : il est orné de plusieurs reproductions de manuscrits; elles permettent de pénétrer dans l'intimité du travail de l'écrirnin; on y \'Oit, à la multiplicité des ratures et à la délicatesse des retouches, que, bien que du dix-huitième siècle, Rousseau connaissait la propriété des termes et a1·,1itle respect de sa pensée aussi bien que Bossuet. X. * * * Paradoxes psychologiques, de !Il. , ORDAU. - r YOl. chez,Alcan, Paris. Prix : 2 fr. 50. Ce linc très brillant et écrit d'une manière humoristique contient d"excellents chapitres consacrés à l'amour phonographique, à l'esthctique é1·olutionniste, à la critique de cette philosophie facile qu'est le pessimisme et :1 la littérature d1: fiction, dont l'action sur la vie n'est d'ailleurs pas i11co111p11rablc111mt plus grand~ que l'action inl'crse, quoi qu'en dise l'auteur. D'autre part, je ne l'Oudrais pas encourager le goùt de la symitrie, et je constate al'CCplaisir que tous les arbres de nos parcs n'ont pas encore la forme de ceux r(g11l11risés par Boul'ard et Pécuchet; mais je trou"e que « l'esprit humain » n'est pas seul responsable de la douce manie de certains décorateurs. JI!. Nordau dit que rien dans la nature n'est absolument symétrique. Peut-être bien; seulement beaucoup de choses le sont smsiblemwt, et cela suffit pour' expliquer notre tenclance à grouper un très grand nombre de nos créations, deux par deux, - pour la symétrie. Et puis, ailleurs, pourquoi M. Nordau condamne+il notre habitude de g(néraliser? Au fond nous n'avons pas le droit, dit-il, de prétendre qu'il y aura un dmrni11. Jusqu'à ce jour il y en a toujours eu, mais c'est tout ce que nous sa\'ons ! Sans doute, mais il y a des certitudes qui nous sont indispensables, .i nous qui ,·oudrions vivre heureux dans un monde que nous nous contenterions de connaître II uotre 111a11ièrc. En tous cas, avoir ces certitudes, c'est exœssi\'cmcnt commode. M. Nordau te reconnaît, du reste, sans peine. Pour finir, il se ,kmande, sans espoir, s'il y a vraiment une « \"érité objective » (!)
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