216 LA RE\'UE SOCIALISTE musique a pris - à tort ou ,i raison (1) - une très 'grande part dans l'é,luc,nion mo,krne. Chacun, aujourd'hui, sait lire la musique; combien sa\'ent tapoter du piano, ou r,icler un peu de Yiolon ! Je ne prétenJs pas que tous ceux-Li soient nés musiciens (oh! non!); mettons que parmi eux il y en ait un sur cent, et cc sera peutt'.:trc exagéré (combien sort-il d'artistes d'une classe de dessin de cent éléYes ?... ) . .\lais cet « un pom cent » représente, néanmoins, quelques milliers de personncs, :i Paris seukmcnt. Quant aux Sociétés musicales, fanfares, orphéons, etc., on doit leur accorJcr une influence sensiblement égale à zéro sur k développement du sentiment musical. {;ne autre cause, en ccs Jix ou quinze dernières années surtout, a contribué beaucoup à donncr au public français une certaine curiositc des choses de la musique. La puissante originalité du génie w,1gncrien; l'impossibilité, jusqu'aux représentations de Lobe11grù1 ( en 1891) d'entendre et de 1•oir en mi:me temps, au théltre, les drames lyriques de R. \\'agner, ont contribué à attirer la foule aux concerts dominicaux. Si l'on n'ayait pas la faculté de jouir de la représentation intégrale de Ta1111b,r11ser, d Tris/au el )'scult, de la TValkyrie ou de Parsifal, on pouYait du moins en entendre des fr,1gments, des tabkaux, des actes mème tout entiers, et pénétrer ainsi - trop faiblement, hélas! et un peu :\ tâtons - dans le temple du dieu inconnu. Et tous ces artistes, tous Cl!S kttrés, qu'attirait le génie fascinateur du maitre de Bayreuth, apprenaient, en même temps, à connaitre ou :\ approfondir Bectho,·en, Glück, \\'cher, Schumann, Berlioz, et quelquefois l'œune d'un jeune inconnu, français ou étranger. \'oilà des causes indi:niablcs de la fortune dont jouit actudkment la musique. Et cette fortune ne fera qué granJir ( ch,1que saison, on le constate sensiblement), la musique ayant été jusqu'ici délaissée pour la littérature ou !es arts plastiques. Pour beaucoup ç'a ét.'.: une éducation entière à faire, une initiation lente, difficile, à accomplir à force de patience . .\lais, combien lc-s efforts sont récompensés par les infinies jouissances que procure cet art incompar,1ble ! .\1. d'lbrcourt, le fondateur des Concerts éclectiques populaires, eut une cxcclknte idée (en 1893-9..i) qui mcriterait d'être reprise chaque annéc; il fit, en une scrie de concerts, comme une revue générale, un cours d'histoire de la musique, du sci✓.ièmc siècle jusque vers 1830. On pourrait, je crois, commencer cette anthologie par le Jeu de Robinel Mario11, cc délicieux opera-comique d'Adam de la Halle, vieux Je six cents ans, et suine jusqu\i notre cpoquc le progrès de l'art dans l'instrumentation comme dans la composition; partant du (x) Plutôt;\ tort, car rien n'est plus antimusic.11 que l'enseignement de fa musique par le pi.1110. On frr:tit bc:.ucoup micu~ de cultiver surtout les aptitudes vooks que tord le monde po.ssèdc plus ou moins ... Mais, sur ccd, je reviendrai peut.être quelque jour
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