La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LES GRAXDS COXCERTS ET 1.'f.:Dt;CATJOX ~WSICALE 225 LES GRANDS CONCERTS ET L'ÉDUCATION MUSICALE Il y a un peu plus de trente ans que fou Pasdeloup fonda les concerts dits populaires, dans le but de rendre familiers à tous les chefsd'œuwe de la musique symphonique, et aussi les ouYrages des compositeurs dramatiques, qui n'étaient pas au répertoire des théàtres lyriques. A\·ant cette époque, il n'existait, i titre régulier, que la Société des concerts du Conservatoire de musique (aujourd'hui dans sa soixantencuYième année d'existence), fondee par Habeneck; mais, la salle du Conservatoire ètant de petites dimensions, toutes les places étant retenues par abonnement i l'année, il a toujours été difficile d'y avoir accès. Depuis Pasdeloup, mis éclectique dans ses programmes (il le fallait bien pour commencer), entreprenant, on peut le dire, l'éducation musicale du peuple parisien, essayant le premier, apr.::s lui avoir fait admirer les anciens maitres, de lui révéler et \Vagner, alors tant conspué depuis la chute ignominieuse et mémorable de Ta1111bte11ser, en 1862, et Berlioz, encore aujourd'hui presque totalement inconnu hors Paris ( et mèmc dans Paris); depuis Pasdeloup, dis-je, M: Édouard Colonne fonda, en 1872, i l'Odéon, le Co11cerpt opulaire et bicntàt émigra au_Chàtelet, où il est encore. Quelques année_s plus tard, aux Champs-Elysées, ]\[. Charles Lamoureux entreprenait ses concerts, toujours très suivis, du Cirque d'été. Et ces derniers temps (à la fin de 1892), M. Eugcne d'Harcourt inaugurait, rue Rochechouart, les Co11certséclectiq11epsopulaires, dans une salle de concerts, pourvue d'un très bel orgue, construite et aménagée à ses frais. Enfin, cet hiver, !'Opera, reprenant une antique coutume longtemps abandonnée, donne, presque tous les dimanches, en matinée, une séance de musique. Voilà donc à Paris - exception faite du Conservatoire - quatre concerts, chaque dimanche, accessibles au grand public et qui répondcn t à un besoin tous les joùrs plus Yif. Mais, d'où vient-il, cc besoin? Comment se fait-il que, chaque dimanche, six ou huit mille personnes se pressent i ces auditions dépourvues totalement de la pompe théàtrale et, parfois même, purement instrumentales? Il y a, sans doute, à cela des caus..:s multiples : d'une part, l'enseignement de la

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