CHROXIQtiE THÉATRALE 223 simplement équitables. D'une part, les jug..:s condamnent l'épouse infidèle:\ une amende insignifiante, ou ,\ quinze jours de prison, condamnation qui, dans la prJtique, est d'ailkurs pr..:sque abolie. D'autre part, la loi permet que, pour la 1116111..: faute, cette femme soit punie de mort, pourn1 que le bourrcau soit son mari. Rien n'est plus illogique, rien n'est moins humain. Cette tolér,rnce constitue un encouragement :\ la Yengeance et une sorte de consécration du droit ,tntique, grlœ auqud l'épouse était la propriété de l'époux. Rien n'est plus contraire .\ l'esprit de nos mœurs modernes. L'adultère n'est ni un crime que le mari puisse punir tic sa propre autorité, ni un délit que la loi doin: atteindre. C'est simplement la rupture d'un contrat, rupture que les magistr,ns doiYent consacrer officiellement par une déclaration de diYorce, rien de plus. Dira-t-on que le mari trompt'.: est excusable d'.t\·oir frappé dans l'ernportemcnt de son indignation, qu'il a pu YOir rouge, suiYant une expr..:ssion courante; qu'il s'est trouYé sous une influence si forte, si dominatrice, qu'il n'a pu s..: cont..:nir? C'est au fond le raisonnement que chacun se fait de façon plus ou moins conscii::nte. :\lais, si l'on pose Li qut:stion sur ce terrain, il est facilc do: démontr,:r que toute faute commise l'a t'.:ténécessair..:ment, que tout criminel a été détenniné dans sa conduite par des raisons pén:mptoires ,1sscz fac:ilcs .\ analyser, et qui ont donné :\ son acte un c,1ractére impératif. C'est cette cspéce d'obligation que les anciens, awc leur mcn·eilkux sens philosophiq ué et poétiquc, waient symbolisé sous les traits de la F,nalité. C..:ne Fatalité, la société ne peut, dans la pratique, en t<:nir compte et innocenter les coupables, à moins d'abdiquer le droit Je punir et de cesser de se défendre. Et si clic fait sur cc point une exception en fav..:ur des maris, c'est que la loi a été n:digée par eux; ils se sont accorde:\ euxmêmes cette petite concession du meurtre, pour le bénéfice de leur amour-propre et la sau\·egard..: de leur Yanité, motif compréhensible chez de faibles mortels, mais indigne de l.1 gr,1,·ité sereine quo: la conYention accorde au législateur. ]\{me Chéliga, dans sa piéce à thése, a combattu k bon combat. Elle l'a fait aYec plus de force que d'agrément et a\'ec une intention trop Yisible. L'art consiste surtout à imposer des conclusions au spectateur en le charmant et sans qu'il s'aperçoi\"C qu'on a pn;tendu lui donner une leçon. L'intention de l'auteur est trop constamment Yisible, comme un éclufaudage qui serait rcstc une fois Li maison construite. Toutefois, l'œuvrc est rapide, concentrée et intéressante. J'ai dit que la Boi111Heéli:11e ressemblait à l'Omière. Cc n'est pas par l'exécution, comme on pense; c'est par l'id.:e de pardonner :i la femme infidélc, c'est par la morale indulgente qui découle des deux fables. 1\1. Jules Lemaître nous transporte :\ Troie, au temps d'Ilom.::re.
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