La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

222 LA REVUE SOCIALISTE opposées auraient jailli d'une inspiration semblable ! Voilà une coïncidence dont les auteurs seraient les premiers à s'ctonner. Ecoutez pourtant : je Yais essayer de Yous montrer l'analogie. L'Omii:re de Mme Chéliga, c'est le mariage, le mariage scion nos mœurs: indissoluble, ou du moins difficile à rompre. M. Paul Hcr- ,·ieux a,·ait déjà dit les Tenailles. 0 chaste hyménée, les écriYains contemporains ont pour toi des images bien peu aimables! Ou est le temps où l'on parlait de tes doux liens et de tes tendres feux? Aujourd'hui, combien les symboles ont changé! Des tenailles qui nous maintiennent au fond d'une ornière! Donc, l'héroïne <le Mme Cheliga, Élyane, a épousé un très Yilain monsieur, qui la néglige, qui la trompe et qui la garde néanmoins par intérêt pour profiter de sa dot. Elle souffre de froissement, de jalousie, <l'abandon, et, comme elle a besoin de consolation, clic a pris un amant. Seulement, le mensonge pèse à sa nature franche et, pour mettre fin à une situation fausse, elle Yeut dh·orccr et épouser celui qu'elle aime. Elle s'oune de cc projet à sa tante, une matrone respectée qui professe les opinions de la bourgeoisie moyenne, et qui lui répond en conséquence : - Une femme malheureuse en ménage a dcYant clic trois partis à prendre : la résignation a\'CC la prière; la rupture ouYertc a\'CC le départ, et, s'il est possible, la création d'une nouYclle existence; enfin, la consolation discrète avec un amour que l'on cache à demi et que le monde accepte tacitement. Et la tante ajoute: « C'<.:stcc dernier parti qui est le plus sûr et le meilleur. » ~lais Elyane a assez de la fourberie; clic Yeut l'indépendance mème au prix <lu scandale; elle divorcera. Je crois bien que, dans la \'iC ordinaire, die y parYiendrait aisément, puisque son mari a envers clic des torts graves et avoues, et puisque le ménage est sans enfants. ~lais alors la fable serait trop simple et ne comporterait plus sa morale. Elyanc, je l'ai dit, s'est consi<lt'.:rée comme libre, dès qu'elle a été trompée, et clic a pris un amant. Cet adultére est rc,·élé au mari par un certain poète décadent, \'il, cynique, et naiment plus coquin que nature. Aussitôt le mari, fort de ses droits - article 324 du Code ~apoléon - tire un coup de rcYoh·cr sur sa femme et la tue. - Le jury m'acquittera, n'est-ce pas? dit-il. C'est bien possible. Vous reconnaissez là le sujet et le dénouement de la FemmedeClaude, et la contre-partie de l'abominable Tue-la! Seulement, Dumas a,·ait été obligé de crccr une femme perYcr,se et odicus<.:a,·cc un mari noble et sympathique. Mm•Chéliga a fait le contraire en s'efforçant d'attirer tout notre intérêt sur son Élyanc : c'etait tme condition n.:ccssairc a sa thcsc. L'auteur demande l'abolition d'un féroce article du Code, article contre lequel protestent tous les esprits libres et avances, ou même

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