)IADA \IE DE )IORSIER 209 serait de l'égoïsme c'est songer à notre douleur et nullement au repos qu'elk a si bien gagné. D'autre part, Cipriani insiste sur le coté socialiste de cette existence de dhouement. Cc n'est p.1s, dit-il, une biographie que j'écris, c'est un dcrnir d'ami que j'accomplis. Je dois à mon excellent ami Benoit Malon l'honneur d'aYoir connu cette femme supérieure; clic ne lui a surYécu que de trois ans et tous deux laissent derrière eux un vide qui sera difficilement comblé. Dans la triste période d'intrigues, de chantages, de hontes que nous traversons, les yeux se tournent de plus en plus ,·ers l'idée noU\·clle qui porte en ses Il.mes un monde nouveau. Et c'est à cc monde nom·cau, déjà si fortement ébauché, que Mme de Morsicr avait ,·oué son intelligence, sa plume, sa parole, son grand cœur. Elle aurait pu briller au premier rang dans la vie fri,·ole et banale des salons; die dédaigna ces succès faciles et préfèra se ,·oucr au soulagement cks abandonnées. Elle aYait tout pour co,waincrc et séduire une foule : intelligence vive, brillante, solide, nourrie de faits et d'idées; éloquence passionnée, entraînante, dont l'effet était doublé par son beau Yisage aux traits fins et réguliers, par son abondante chevelure blonde, p.1r son allure majestueuse, par la douceur ferme d'un regard où transparaiss.1it une :une ardente et bonne. Elle vint au soci.1lismc par le sentiment plus encore que par k raisonnement. Lorsqu'elle en connut les doctrines, elk put s'écrier comme k peintre italien : Et moi aussi, je suis socialiste (1). ):amrellcmcnt, cc fut la situation de la femme qui l'attira. Elle comprit que, pour la femme tombée, le rclè,·cment est sou,·cnt possible, toujour désirable et, sans se soucier des sarcasmes, elle se donn,1 tout entière il cette t,khe (1) Quelques citations préciseront le sens da:1s lequd :\lm0 dl! Morsicr fot soci:ilistc. Elle dis.1it, dans un discours prononcé en 1885 : <( 11 faut que la femme soit indépendante de l'homme ... « Il faut que l'ouvriCre puisse g:1gner sa ,·ie, pour ne p:is être condamnée ; 0l la faim ou i la honte. « Il faut que la femme instruite puisse choisir librement une profession, :ifin que son avenir ne soit p:is i la merci d'un m:iriage. u Il f.rnt que la jeune fille riche renonce aux préjugl!s de son milieu et comprenne que s:i fortune serait mieux cmptoyec ;\ soulager les misi:res de l'humanité qu':Lenrichir des communautés ou à doter un mari oisif. « Il faut que l'épouse s..1cheque les devoirs de b famille n'! Il djspensent pas du devoir social, auquel chaque être humain doit apporter sa part, si petite fùt•clle ..... » Elle sentit aussi ;\ quel point 1a société est respon$j,blc Jcs crimes indh·iducls, qu'elle laisse ou fait commettre. Elle disait en 1892, aveç une gr:rndc hauteur de vues : « li y avait dans L, législation criminelle jui\"e - du temps des Rois - un us.1gc qui contient un grand enseignement. Lorsqu'un homme chait troun! :issac;sinéd.ins un champ ou sur une route, on sommait tous les habit:tnts du territoire de paraitre, et, dl.!',·:tnt cc cadavre, on leur fais:iit prêter serment de n'rwoir étt.!pour rien d:rns fa mort de cet homme. « En face de tous les crimes qui se commettent dans notre société civilisée, ne vous semblc-t-il pas aussi entendre quelquefois une voix qui vous cric : - Caïn, qu'as•tu fait de ton frère? • (,\'oie de la Dirrtlio11.)
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