TABLEALl A TROIS PA:-SS \ Un journal est sur la table, encore entour<: de sa bande. lJn peu grand, fatigant :\ lire, un peu cher pour s'y abonner; mais gra\'C, aust.::re, bien pchsant; le seul, pr<:tcnd le pc:re - et aussi les grands frc:res - qu'on puisse abandonner sans danger sur la table de famille; le seul dont la langue ne risque jamais d'effaroucher ces dames. \'oyons les nouYellcs ! \'eux-tu que je t'en fasse lecture à haute ,·oix? Elle fait signe qu'elle \"eut bien, s'installe, toute heureuse, sous la lampe, a,·ec son ouvrage : une mcn·cilleusc broderie, destin.:c au ménage de son fils ainé. Lui, tousse pour s'éclaircir la Yoix; il a toujours eu la coquetterie de passer pour un fin diseur; de plus, il est encore hcun:ux de faire des frais pour clic : l\ouvellcs de la grève. Des informations minutieuses et particulières nous permettent d'annoncer à nos lecteurs..... - Hein! chérie, quel bon journal! Nous sommes renseignés presque aussi bien que les ministres! L'innocente plaisanterie leur a servi déjà bien des fois; mais, quand même, clic flatte leur passion de « saYoir ce qui se passe "· ..... d"annoncer à nos lecteurs, que, malgré les efforts <les meneurs, malgré les perfides manœuvrcs d'une certaine presse, le [ilatronne cèdera sous aucun prétexte. - Qu'en dis-tu, ma femme? \'oilà un homme admirable qui sait cc qu'il YCUt! Ces ounicrs ! tous paresseux, gaspilleurs, iuognes, insatiables; n'.:clamant le Pérou! Pas de danger qu'ils éprouYeraient la , moindre reconnaissance pour celui qui s'est conduit aYec eux comme le meilleur des pères. - Le journal l'affirme en toutes lettres; regarde au bas de la page! - Ma parole! C'est à se demander à quoi sert le gouYernement ! Il n'y aurait pourtant qu'une chose à faire: les fourrer tous au bloc ..... - Mais ces femmes qui souffrent, mon ami, ces enfants qui pâtissent! - Graine de gueux, tout cela; pas besoin de ks plaindre. Et ces meneurs! En ,·oilà qui mériteraient la potence! Sans eux, jamais les ouvriers n'oseraient quitter le traYail. .. Dans notre jeune temps, te sou,·icns-tu? jamais on n'eût osé pn'.:Yoir des choses pareilles! D'un coté, un homme bon, bien élc"é, riche, un homme du monde enfin; de l'autre, des gens sortant on ne sait d'oü, Yivant d'on ne sait quoi. Et il se trou ,·e des députés, des ayocats, pour les soutenir contre
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