LA REVUE SOCIALISTE ,·icilie cheminée; la lampe est discrétemcnt accueillante sous son abatjour rose, pomponné de dentelles; le plateau du thé ctale, avec la coquetterie de ses serviettes brodées, la saine gourmandise de ses tartines au pain bis. Cc the de cinq heures! Quelle oasis délicieuse dans l'âpre désert de la vie hi\'ernale! Rien que d'y pouvoir songer, quel adoucissement aux heures interminables du bureau! Car, il est bureaucrate, l'habitant de c..: logis, et depuis tant d'années, tant d'années, qu'il a fini par conqui:rir une situation tout à fait confortable. Par exemple, cc n'a pas été sans peine, et clics ont cté longues, les étapes qu'il a dù fournir pour gagner son petit paradis! Cent fois, il cùt perdu patience, sans le courage paisible, sans l'affectueux réconfort de cette parfaite ménagère qui s'affaire pour lui éviter toute peine autour du friand goûter. La bonne femme! si préoccupée des autres, si oublieuse d'ellemêmc, restcc si jeune de caractérc, si pure de pensée, malgré sa figure déjà ridi:c, malgré ses cheveux déjà blanchis. Et il se recroqueville, le vieil homme, également ride, également blanchi, roulé dans sa robe de chambre, chaussé de ses pantoufles, tout au fond de son fauteuil Voltaire; afin d'y savourer, plus commodément, son bonheur actuel. Vraiment, il ne songe guère à regretter sa jeunesse, et, jamais, en aucun temps de sa vie, l'existence ne lui parut plus digne d'être vécue qu'en cc moment précis. Tous leurs enfants sont hors d'affaire. L'ainé, bien marié, heureux en ménage, déjà pi:re de famille, fort considéré comme ingcnieur civil. Le second, un avocat dont on parle, et qui fera du chemin. Le troisicme, sur le point de terminer sa médecine. La dcrnicrc, enfin, la chi:ric, la Benjamine de dix-huit ans, la petite tard venue, reproduction affinée de cc que fut sa mère, suprême orgueil du vieux couple, constante adoration des grands frères. - Femme, ou donc est notre fille, qu'elle ne vient pas nous servir le thé? - En courses avec sa bcllc-sœur, mon ami. Tu comprends, à cette cpoque de l'année, il faut déjà songer aux petits ouvrages pour les ctrcnnes. Et, comme clic foi présente une tasse fumante, qu'il se penche un peu pour l'atteindre, les deux Yieux se sourient, avec malice, en hochant la tC:tc. Cc le,ur est une attitude si naturelle de paraitre ignorer les surprises qu'on leur prépare; ils savent si bien feindre la joie, l'étonnement, pour ajouter au plaisir qu'on a de leur faire fête! Muets, ils dégustent la 'boisson chaude, par petites cuillerces. Pourquoi parleraient-ils ? Pourquoi emploieraient-ils des mots, alors que depuis tant d'anni;cs leurs pensées se comprennent si bien, à tra ,•ers le .silence?
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