TABLEAU A TROIS PAXS 181 TABLEAU A TROIS PANS L'OU\'RIER - LE PATRO~ - LE BOURGEOIS Sans se permettre de leYer les yeux pour regarder le mouYcrnent de b rue, clic coud, affairée, la mènagèrc diligente, assise sur une chaise bass<.: au s<.:uilde sa maisonnette très propre. Pourtant la chaleur est lourde, en cc mois d'aoùt, et une sueur Yient aux doigts, rouilLrnt l'aiguille, Yient aux tempes, appliquant sur la peau moite les fines mèches défrisées. Si lourde clic est, cette ch:ilcur, que les abeilles, cllcs-m0mcs, en oublient de butiner, s'attardent paresseuses et endormies sur les fleurs de laurier rose, de capucines, qui décorent de façon si .'.:clatantc le jardinet de six métres carrés pn'.:cédant l'entrèe. Elle est jeune, la mcnagèrc, vingt et un ans i peine; toute fluette, une frimousse gamine, deux yeux ctincelants qui n'ont pas besoin dt Yerre pour y Yoir clair; une foison de cheveux noirs, aussi soigneusement coiffüs que ceux d'une bourgeoise inactiYe. Cc n'est pas cependant que les occupations lui manquent! Et la journée de douze heures serait bien trop courte, si l'on ne pom·ait empiéter sur la nuit. Lorsqu'elle y songe, clic s'étonne que certaines femmes se plaignent de la lenteur du temps. "'.\e faut-il pas, le matin, se lcYer bien \"ite, préparer le dèjeuner :l\"ant le dcpart du mari pour la fabrique oü il tranille comme ouHier? C'est l'enfant, ensuite, le chéri de Jeux ans, qui gazouille en son berceau, attendant qu'on lui fasse sa toilette. Un peu longue, celle-ci. Elle exige tant de précautions, cette chc\·clure de soie, qui s'entête sous le peigne à friser follement! Ils veulent une douceur si patiente,
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