LETTRES SOCIALISTES 14ï le pouvoir qui t'est dévolu. Des abus d'autorité presque assurés de l'impunité tlcshonorcnt ceux qui les commettent et il n'en faudrait pas beaucoup de pareils à ceux que je signale pour déshonorer tout à fait le métier militaire. Souviens-toi qu'en pays démocratique non seulement le respect et la courtoisie ne se comprennent point sans parfaite rcciprocité, mais que c'est au plus haut placé à les mériter des autres en les pratiquant le premier. « C'est encore à ta conscience que je fais appel pour limiter ron obéissance. Tu as engage, mais non aliéné, pour jamais ta volonté. Un point existe au delà duquel tu peux la reprendre. Le jour où l'on te commanderait quelque chose d'illl'.:galou d'injuste, je t'estime assez pour croire que tu n'hésiterais pas ,1briser ton épée plutôt que ton honneur. Plus heureux que le soldat, tu as le droit de donner ta démission : chose grave, il est nai, mais qui met seulement en jeu ta carrilrc, non ta liberté ni ta vie. Et il est des circonstances où cc droit se transforme en devoir. L'hisroirc rappelle avec éloge les noms des gouverneurs de province ou de ville qui, lors de la Saint-Barthélemy, désobi'.:issant aux ordres du roi Charles IX, ~cfustrent de se faire massacreurs de protestants. On cite, en 1830, la lettre si digne (r) du comte Raoul de la Tour du Pin, capitaine de la garde royale, qui, desobéissant aux ordres du roi Charles X, refusa de se faire massacreur des Français, soulevés contre un coup d'État. ):ous avons vu, sous la troisicmc République, le commandant Labordcre refuser, à son tour, de se faire le complice d'un attentat projeté contre la souveraineté populaire. « Toi aussi, le jour où il s'agirait de marcher contre tes frcrcs, de tirer l'épce contre tes concitoyens, pcsc mùrcmcnt ta ri'.:solution; defais-roi de tout prcjugé de classe. S'il est question de te lancer, par exemple, contre des ouvriers en grcve, dis-toi que tu es un bourgeois d'origine et d'éducation; que tu es, à la fois, juge et partie dans la cause pendante; que tu as mille raisons sccretcs de leur donner tort; que tu ne peux être sùr de toi-même, du bien-fondé de. l'arrêt intfaieur que tu porterais contre eux; et, dans le doute ..... abstiens-toi. Mieux vaut rentrer dans la vie civile, même avec la perspective d'y gagner pcniblcment ton pain, que de ramasser une croix ou un g~lon dans le sang de ceux qui sont tes compatriotes, tes compagnons <l'armes, tes soldats de la veille et du lendemain. C'est assez d'être prêt à disputer aux ennemis de l'extérieur l'entrée de ton pays; ne te laisse point ravak:r au rôle de bourreau, fonctionnant machinalçment au profit d'une petite minorité de riches privilégiés. Qui sait si, la cocarde et le drapeau que tu combattrais aujourd'hui, tu (1) \'oir Corre, Militarisme (page 21).
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==