La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LETTRES SOCIALISTES 14 3 nou,·elle, de te donner quelques aYis quasi paternels, dont ma Yicille expérience et mon affection pour toi croient deYoir te munir. « Le premier ennemi auquel tu Yas aYoir affaire, c'est l'ennu( ;s;e ris pas. Il est plus redoutable que tu ne penses. li a fait et il fera plus d'une victime parmi tes camarades. Et Yraiment se peut-il rien imaginer de plus monotone, de plus mécanique, que la vie de garnison, à laquelle YOus êtes tous condamnés en temps de paix, mes pau\Tes garçons? Gne fois YOtre serYicc terminé (et cela n'est pas long, et cela, à force d'ètrc repéré, deYient de jour en jour moins intlrcssant), que faire tout le long de la longue journée? Je sais bien, il y a le café, le billard, le jeu; il y a les cartes, !'absinthe, les femmes, et quelles fommes ! Parbleu! oui. C'est la destinée onlinain: . .\fais gare à l'engrt:nage ! On est jeune, on rougirait de YiYrecomme un ladre ou un Joseph; on \'CUt s'amuser et briller comme les autres; on prend moJcle sur tel ou tel qui a un nom, une fortune, un air fringant et fendant; on ne veut pas être en reste <l'entrain, de géncrosité, d'0légance; et, quand on est pauYre, on jette par les fenêtres l'argent qu'on n'a pas; on fait des folies et des dettes, et ,·oil.\ dO::slors un malheureux de plus \'Ollé pour des années et des anrn;es aux usuriers, :i la solde mangée d'avance, aux expédients, à la mis.'.:n:. J'ai \"U de pall\·n:s diables ainsi poussés à bout escroquer la caisse du régiment; les autres, suiYant la coutume de notre soci.:té bourgeoise, ont le mariage pour suprême ressource; ils guettent une dot; ils prennent comme pis-aller une femme 1.:gitimc, aussi riche que possible . .\lais combien en est-il qui tirent un bon numéro à cette loteri..:? Heureux ceux à qui cette vente au plus offrant de leur maturité galonnée n'apporte pas de nausées et de chagrins inattendus! « Donc a\"a11t tout, défie-toi de l'ennui; et, pour t'en sau\'l:r, traYaillc ! li est passé le temps où il suffisait à un officier d'ètre braye et de SaYoir mener ses hommes au feu. La guerre est plus que jamais un problème formidabk, puisqu'elle est deYenue un problcmc à multiples inconnues. Sans doute clic fut et sera, tant qu'elle durera, un art qui ne s'apprend que sur le terrain; mais elle est de plus une science compliquée, ou il faut calculer ks moyens de nourrir et de faire mouYoir des masses énormes, où il faut pre,·oir les effets d'explosifs et d'engins inventés d'hier, qui sont aux armes de l'époque de >lapolfon [cc cc qu'étaient les canons et les arquebuses aux piques et aux arcs du moyen âge. « Ah ! je le sais, nul ne peut dire dans quel ordre ou quel désordre s'opérera le choc de ces armées semblables à des peuples en migration, de ces millions de soi<ldts plus nombreux que les hordes de Tamerlan ou d'Attila. Les cxperienccs pa,secs, même les plus r.:cC'ntes, ne permettent pas de préjuger l'aYenir. Tout est changé, incertain,

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