LETTRES SOCIALISTES 141 tuerie fonctionnant au hasard, cc sont des êtres pensants, sachant pourquoi ils se battent, défendant une idée, scellant de leur sang leurs co1n-ictions, affirmant au prix de leur Yie leur Yolonté de maintenir ou de créer cc qu'ils croient juste. " Donc, dans ces crises oü se débat parfois tout l'a\'enir d'un peuple, si quelque officier vous ordonne de tirer sur <les concitoyens, que les fusils ne partent pas, ou qu'ils partent en l'air! Et que, à la prcmiO::rcoccasion, chacun de \'OUSreprenne sa libertt'.:! Il se trouyera, parmi ,·os chefs, des gens pour Yous menacer. :-.tais alors, quoi que ,·ous fassiez, il y a des balles à rcccYoir, et, danger pour danger, mieux Yaut risquer la mort pour soutenir une cause qui ,·ous est chO::reque pour cxt'.:cuter, en cscla\'cs-bourrcaux, une consigne qui peut être le contre-pied de \'OSopinions. cc... Laissons là, Youlcz-\'ous, ces tristes perspectiYes, ces cxtrémitt'.:s terribles, oü j'cspere que \'Ous ne serez jamais acculés•par la nécessité. cc J'aime mieux supposer que ,·ous accomplirez en pleine tranquillité \'OS années de scr\'ice. Et, destinés comme ,·ous l'ètcs à rentrer dans la Yic normale, je n'ai pas besoin, je pense, de ,·ous mettre en garde contre le sot 1111.:pridsu militaire pour le ciYil, contre cette morgue ridicule que tant de nigauds endossent a\'CCl'uniforme. On m'a cont<.: que, lors des grandes manœunes annuelles, des paysans, à l'approche des soldats, ferment leurs portes, cachent leur pro,·ision de Yin, de Yiandc, de fruits, comme s'ils <.:taientà la Ycillc d'une in,·asion nouYcllc. Que rien dans ,·otrc manière ll'ètre ne justifie cette crainte qui accuse l'arm<.:c! Que rout trahisse \'Oire respect de cette société laborieuse qui peine pour ,·ous nourrir et ,·ous lubillcr, tandis qu'en échange \'Ous traYaillez ,\ \'Ous mettre à mème de la dt.:fcndn::. Songez, en un mot, que Yotre seule raison d'ètre est sa prospcrité, son salut; que \'OUSn'existez que par clic et pour elle! " Garantis de l'orgueil par la saine conception de YOtrc rolc, préscr\'és de la corruption par le souci tenace de ser\'ir et de propager votre idéal social, YOus serez moins exposés :\ rapporter dans YOS foyers, le jour béni oü \'0US pourrez enfin y rcYcnir, cc que tant d'autres ont gardé de leur trop long séjour au régiment : une ,·olont.'.: brisée, l'habitude de la paresse et de la débauche, l'incapacité de reprendre un travail régulier et non commandé. ;-,'on, camarades, si ,•ous souffrez, comme je le crois, j'allais presque dire, comme je le souhaite, <les minuties et des sèYèrites de la discipline, de la compression incessante, de l'ennui quotidien, cette maladie de langueur que suent les murs des casernes; ch bien! que \'OS rancœurs accumulées renforcent en \'0US la haine de l'injustice et l'amour de la liberté; reportez sur la guerre, sur la guerre criminelle et stupide, yos colères
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