La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE témoins, dans cc terrible déchirement d'un peuple armé contre luimême, coupé en deux tronçons par des haines fratricides! Puissiezvous ne jamais connaître l'ivresse de sang, la folie de colere, qui précipite les uns contre les autres des hommes parlant même langue, ayant, en dcpit des dissensions passagères, une indissoluble communauté d'intérêts, de patrimoine, de souvenirs, d'espérances! Quand on a eu le malheur de YOirune fois a1·ec quelle facilité la brute humaine, dans ces luttes qui soulcvcnt les pavés des villes, reparait sous le Ycrnis du civilisé, on souhaite ardemment de ne plus assister jamais a cc ré1·cil des barbaries ancestrales. « Et pourtant qui peut assurer que, par l'impatience des uns, par l'aveugle op;:,osition des autres aux réclamations les plus justes, la poudre n'aura plus a parler dans le règlement de nos querelles intérieures? Oh! c'est alors qu'elle est cruelle, difficile, angoissante, la situation des soldats! « Leur dirons-nous d'obéir a leurs chefs? - Et si leurs chefs sont divisés eux-mêmes, comme il arri1·e d'ordinaire en ces époques troublées? Ou bien, s'ils veulent faire d'eux les instruments d'un ambitieux ou d'un parti ! « Leur dirons-nous de rester les yeux attachés sur la loi, comme le marin sur le phare qui le guide dans la tempère? - .\lais, est-cc qu'en ces temps d'orage la loi n'est pas voilée, incertaine, obscurcie? Est-cc qu'on peut savoir toujours quelle est la volonté générale, pJisquc souvent l'issue de la bataille révèle seule de quel coté était la majorité, qui, dans les États démocratiques, faute de mieux, fait la loi? Où était la légalité dans la journée du 29 juillet 1830? Du coté du roi insurgé contre la nation ou du coté de la nation insurgée contre le roi? J'ai beau chercher d'après quel principe on peut dicter aux soldats la conduite a suinc en de telles circonstances, je n'en ,·ois qu'un : Qu'ils obéissent à leur conscience! « Par quel miracle, quand l'unité est brisée dans la nation, pourrait-elle subsister dans l'armée nationale? En Yérité, dès que la guerre ci1·ile éclate, le lien du devoir militaire est rompu. Chaque soldat redevient citoyen et, partant, maître de sa destinée. Il a le droit de choisir à son gre son drapeau. Il va où le mène sa conscience. Il est libre de demeurer neutre, s'il veut. Mais les armes qu'il a reçues pour défendre ses frères contre l'étranger, nul ne peut exiger qu'il les emploie a combattre une partie <l'entre eux. Dans l'un comme dans l'autre camp il ne peut plus y avoir, légitimement, que des volontaires, et, il faut le dire sans crainte, c'est là, malgré toute l'horreur de la guerre civile, ce qui la relève, l'ennoblit, lui assigne une valeur morale bien plus haute qu'à n'importe quelle guerre de c9nquêtc ou de dynastie; ceux qui y prennent part ne sont plus <les engins de

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==