LETTRES SOCIALISTES 139 titres d'hommes et de citoyens, auxquels vous ne renoncez pas en dcwnant sold,lls ou sous-officiers. Vous n'êtes les esclaves de personne: vous êtes ks sen·itcurs à temps de cette chose impersonnelle et n:doutable, cruelle parfois, mais m\cessairc encore à l'existence des sociétés, que l'on appelle la Loi. Et la Loi commande à ceux qui vous commandent; clic détermine leurs droits comme les votrcs; et vous ne poun:z être astreints, sou\·enez-vous en, qu'aux actes que la Loi autorise. \'otrc obéissance ne saurait être irraisonncc. « Elles sont sau\·ages, atroces, impies, clics sont naiment d'un autre .\ge, et presque d'une autre humanitc, ces paroles é.:happées .\ la naïve forfanterie d'un souverain qui se croit encore au temps oü il n'y a\\lÎt que des sujets, et point de citoyens : « Vous 1u'npp11rlmcz « corps et âm,·. Il n'existe, aujourd'hui, pour vous, qu'un ennemi : « c'est 111011 ennemi. Avec les mences socialistes actuelles, il peut « arriver que je vous ordonne de tirer sur 110sproprespareuls, sur vos « frirrs et mime (que Dieu nous en pn!sern: !) sur i•os pin•s et vos « mfrts. Eb bit'II!alors, 111ê11vuo,usdevrez,sn11bsisiler, obéir ti mesordres. » ÜLt est-il celui qui, dans notre France républicaine, oserait, je ne dis pas répéter, mais seulement approuver publiquement ces folles déclarations, plus dficaccs que vingt pamphlets pour déshonorer et tuer l'esprit militaire et mon,trchique? li faut s'estimer plus qu'un homme pour s'arroger, sur des hommes, un pouvoir aussi monstrueux et, chez nous du moins, l'on ne croit plus à ces dieux de .:hair, ,\ ces idoks aux pieds d'argile dont l'orgueil se repait de sacrifices humains. « Aussi, qu'un indi\·idu quelconque, fût-cc un général ou un soidisant prince, vous ordonne, comme cela s'est \'li dans notre histoire, comme d'insatiables affamés de servitude semblent le souhaiter encore, de faire aveuglément contre \'OS concitoyens le métier de machines à tuer; qu'il veuille \'Ous transformer en auxiliaires de son ambition, en agents et en complices d'un coup d'État, c'est, alors, sans hésiter, qu'il faut fairc grève et résister. Le chef qui donne de pareils ordres se met, par 1.\même, hors la loi. C'est un criminel auquel \'0us ne devez plus rien que la rébellion. Un régiment de ligne« se distingua», en 18 5r, au moment oü Louis Bonaparte assassina la Républiqui:, par une nuit <ledécembre, et s'empara <le la France par surprise, comme un bandit; cc h.tut fait fut consigni; dans ks annales <lu régiment. Or, que fit plus tard un de si:s colonels? li biffa le passage et écrh·it en marge : Rayr par moi, co/01d, commei11dig11de figurer dn11sl'/;isloriq11e d'111r1égimentfra11çnis (r). « ~lais, en cas de guerre civile, que faire? Ah! mes amis, puissiez-vous ne jamais être englobés, ni comme acteurs, ni comme (1) \'oir la ]111/ite du 5 décembre 1896.
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