LA REVUE SOCIALISTE suit, et qu'il ne se présentera jamais entre vous et les jeunes hommes de votre ,ige une meilleure occasion de pénétration mutuelle. « P.111nivos camarades, vous trouverez des fils de famille, comme dit une vieille locution où vit encore incrusté l'orgueil des gens riches. Peut-être quelques-uns se montreront-ils sottement méprisants :i votre égard, fiers qu'ils seront de leur savoir livresque, de leur élégance mondaine, de leurs manières raffinées. Prouvez-leur que vous avez appris par la vie des choses qu'ils ignorent; que ,•ous a,·ez des idées hautes et que vous savez les défendre; que vous vous sente2 au cccur autant et plus de courage, de générosité, de fierté que ces beaux fils de la bourgeoisie dégénérée : je vous garantis que vous forcerez vite l'estime des plus d.:daigneux et la sympathie des pins intelligents. « ~lais, parmi vos compagnons de hasard, vous rencontrerez surtout des esprit;> timides, encore noues, enfonces dans l'ignorance ou dans l'aversion des doctrines nouvelles. Vous qui avez la chance d'a,·oir déj,i des opinions raisonnées, c'est à ceux-li qu'il faudra vous attacher. A vous de les instruire, de les gagner, de les convertir! Le soir, à la chambrée, les jours de congé, quand vous promènerez votre oisiveté dans la ville ou la campagne, causez avec eux; expliquez-leur les mystt'.:rieux ressorts de la sociét.: qui vous environne; montrez-leur par quel mécanisme invisible la richesse créée par les tra,·aillcurs s'en va dans la poche de ceux qui ne font rien; enseignez-leur que le temps est proche où chacun aura part aux biens de toute sorte, aux ,·oyagcs, aux loisirs, au savoir, aux jouissances de corps et d'esprit qui ont été jusqu'ici le lot d'une petite minorité; montrez-leur l'horizon où blanchit déj:i l'aurore des jours de justice et de bonheur; bref, soyez leurs maitn:s de socialisme, leurs initiateurs aux espoirs d'aujourd'hui, leurs pn:parateurs aux luttes de demain. cc Et puis faites encore du régiment une école d'abnégation. Ennoblissez k sacrifice en le rendant volontaire. Oh! je sais que c'est une tilchcdifficile; que la discipline est dure, réglant votre vie comme papier à musique, vous réduisant de longues heures à l'état d'automates, endormant dans votre âme toute initiatin! par une abrutissante monotonie. !lfais, puisque la discipline est la condition même de toute armée, et qu'il ne dèpcnd pas de vous de rendre l'armée inutile, plicz- ,·ous à cc qui vous sera justement ordonné, afin de n'ètre point pliés par force et tic pouvoir vous rdrcsser, une fois votre besogne accomplie .. Consentez tic bonne gràce à cette diminution provisoire de votre liberté; mais avec le désir tlt.!l'épargner aux autres le jour où vous aurez reconquis dans leur plénitude votre franc-parler et YOtrc libre allure. « Est-Cl! à din! que cette soumission à vos chefs Joivt.! être sans limites ? J'ignore s'il subsiste en France tics partisans de l'obéissance absolue; mais je sais qui.!cette théorie servilt.!est incompatible a\'ec vos
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