La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LETTRES SOCIALISTES I)j de l'ind.'.:pend:rnce perdue. Yous, je vous en felicite encore, vous p.trtcz s.'.:ricux, dignes, tranquilles, sachant que vous den.:z vous soumettre à une p.'.:nible n.'.:ccssite soci.1lc, mais l'cnvisagc.rnt en fac.: avec un sangfroid et une r.'.:solution virils. « \'ous serez de bons soldats, .::tant de bons citoyens; vous tiendrez :\ honneur d'accomplir votre dc\·oir aussi bii:n que personne; vous ne Youdrez pas qu'il soit dit que vous, les ouvriers de l.1 soci.'.:t.'.: future, Yous d.'.:clinez YOtre part d'ennui, de traYail, de deYouement. ~ous autres socialistes, nous de\·ons :\ nos principes de donner l'exemple de la \·ertu ciYique; ce serait bien la peine d'att.1quer l'<:goisme et la corruption de nos adversaires, si nous t'.:tionsincap.1bles de prouver que nous valons mieux qu'eux ! « \'ous apprendrez donc, mes amis, à manccuner et :i manier les armes: cela peut sen·ir un jour ;\ la frontiére et (qui sait') ailleurs aussi. Une loi atht'.:nicnne ordonnait :\ tout citoyen de prendre les armes en cas de guerre ch·ile. Si p.tradoxal que cela p.1raisse, c't'.:tait peut-être fort sage.· J'ai toujours penst'.: que l'obligation pour chacun de payer en pareil cas de sa personne empêcherait les détenteurs du pouvoir de recourir si aisément :\ la Yiolence et aux solutions sanglantes. J'ai, par suite, idée que, le jour prochain oü tout citoyen aura passé par le n:gimcnt et saura se scn·ir d'un fusil, la grande masse du peuple ne se laissera plus maîtriser et dépouiller par une petite minorité; le service uniYersel, c'est en peu d'années l,1 force publique nationalisée, soustraite pour jamais :\ ceux qui la captaient et la detournaicnt :i leur profit. « Le régiment Yous sera encore une école d'endurance : Yous aurez sans doute :\ y supporter bien des fatigues, bien des tracasseries, bien des corvccs désagréables, bien des règlements puérils et tyranniques. Je n'ai point de recette :\ Yous offrir pour é\·iter tout cela. ~lais, quand on est force de subir une chose, il faut du moins s'cfforœr d'en tirer le meilleur parti possible et je veux Yous dire cc que Yous pouvez faire du régiment dans YOtre intérèt et dans celui de la justice sociale. « Travaillez d'abord :\ en faire une i'.:colcde fraternit.:. Campagnards et citadins, bourgeois et prolctaircs, unis de force pour une t.iche commune, obliges de vivn.: ensemble nuit et jour, profitez de l'étroite et subite solidarité qui \'Ous lie les uns aux autres pour Yous mieux connaître, YOUSmieux juger, Yous mkux aimer. Elle vous sera plus d'une fois pénible, cette promiscuité de la caserne, oü les ,\mes délicates et nobles risquent d'être froissées par des contacts grossiers ou mah·eillants. Mais réagissez contre les répugnances dont YOUS pourrez être assaillis; n'oubliez pas que, si la lutte des classes s'impose au socialisme, la disparition des classes est le but suprème qu'il pour-

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