LETTRES SOCIALISTES 135 si<lerez leur angine qui les rattache à la classe riche. On peut les compter ceux qui sortent <le familles pauYrcs, et rien de plus naturel. Il en coûte gros pour mener à bien les 6tu<lcs qui donnent acc6s aux écoles spéciales, et ils sont de plus en plus rares les officiers qui ne sortent pas de ces écoles! Cc n'est un secret pour personne que cc qui reste de noblesse en France se pn'.:cipitc sur Saint-Cyr ou Sau111ur, et que dans la ca,·alerie, par exemple, les gens titrés sont en proportion mfiniment plus grande que dans la population du pays. Il subsiste ainsi, dans notre démocratie, comme un anachronisme Yi,·ant, un sou,·cnir atténue <les siéclcs oü au-dessus des manants s'épanouissait une aristocratie guerrière, reconnaissable au privilège qu'elle aYait de porter l'épée et de fournir dés l'âge de quinze ans des colonels et des chefs de rout grade. Cc caractérc de classe, que garde le corps des officiers, est, en quelque sorte, officiellement constaté et garanti. Que l'on compare l'ordinaire .et la solde du paunc diable qui touche un sou par jour aYcc ceux <l'un officier supérieur, et qu'on se demande si, en conscience, la distance énorme qui sépare les deux som111cset les deux régimes correspond bien à la difft'.:rcnce de dangers, de fatigues, Yoire même de savoir et de valeur sociale qui existe aujourd'hui entre les deux hommes. Que l'on fasse attention à cc règlement, qui ne permet pas à un officier de se marier, si la fiancée n'apporte pas une dot assez considérable pour cmpèchcr toute intrusion populaire dans une élite jalousement pn'.scn·ée des Yulgaircs contacts. Qu'on songe qu'un lieutenant ou un capitaine ne se prive guère de tutoyer ses hom111cset parfois de les injurier, tandis que ceux-ci doi,·cnt partout et toujours lui témoigner une déférence imposée qui n'a rien à YOir avec la courtoisie; car, si.l'on osait im·oqucr la courtoisie en ces 111atit'.:rcso,n se heurterait à ce rapport, h.::las ! très authentique, d'un noble commandant de spahis (1): « Le maréchal des logis X ... subira huit jours de consigne au quartier po11rs'être permis d'adresstr 1111cearie de visite au chef d'escadrons commandant provisoirement le régiment. Le man:- chal des logis apprendra qu'il 11epeut y avoir écba11gdee poli/essesqu.'en/re officiers, et ceux-ci n'ont à attendre de la troupe qu'un dévouement muet et des marques de respect. » Qu'on meditc encore cette affiche qui s'étala naguère sur les murs de certains quartiers de Paris (2) : HOPITAL i\lILITAIRE DE \'I};CE:--:~ES Adjudication de la fourniture des denrées et objets de consommmion nécessaires à l'hôpital de Vincennes pendant l'année 1896. (r) Cité p:tr H:unon, Psycbologie du militaire profassio,wel. (2) \"oir la Justice du 15'scptèmbre 1895.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==