IH LA RE\'Uf!: SOCIALISTE -------------------------- étroitement solidaires, c'est ici, plus que partout ailleurs, qu'il est impossible de tenir le même langage i tous ceux qui la composent. S'il est une institution où c'.:clated'une façon criante la <li\'ision de notre société contemporaine en classes, c'est à coup sûr celle-Li. D'une part les sold,tts, auxquels j'adjoindrai les sous-officiers. Vous me <lin.:tqu'ils sont recrutés dans la nation cnticrc; que dans les régiments sont incorpon'.:s côte à côte fils de paysans, d'ounicrs, <le bourgeois, <le nobles même, puisque, cent ans aprcs la nuit du .i .\oùt, il existe encore en francc des gens qui se croient et se disent nobles. \'ous ne manquerez pas <l'ajouter que le scn·ice militaire est obligatoire et cgal pour tous les français; que, par conséquent, il n'y a pas lieu de distinguer entre ceux qui figurent sous les drapeaux. Eh bien! j'en suis fkhé, je maintiens une distinction nécessaire. Je ne cite que pour mémoire (1) les mille expédients, imaginés pour que les jeunes gens bien nés puissent passer à tra\'ers les mailles du fikt qui semble prendre toute la jcune~se : temps de sen·ice réduit pour c~ux qui ont tel ou tel diplôme; places dans les bureaux rc'.:scn·écs ,i ceux qui sont, comme on <lit, bien appuyés; facilités de réforme accordées ,1 ceux qui sa\'ent se faire protéger, témoin les milliers de demandes dont sont assaillis <léput<:s, sénateurs, prcfcts, généraux, au moment où se réunit le conseil de rc\·ision, menacé plus d'une fois de dégénérer en instrument électoral. ~lais, n'y eût-il aucun passe-droit légal ou illicite, est-cc qu'on n'apu-çoit pas du premier coup <l'œil une différence profonde entre les sold.tts - y compris les sous-officiers - et les officiers? Est-cc que les premiers ne sont pas au régiment des passants, je ~·eux dire des citoyens armés qui, une fois leur temps fini, rentrent dans la \"ie ci\'ile, astreints, je le sais, à reprendre l'uniforme en certaines époques dctenninées ou en cas de danger national, mais enfin pouYant aller, Yenir, parler, agir, \'Oter, se marier, exercer une profession en pleine et entièn: 1ibcrté. Toute autre est la condition des officiers. :-fous avons en n:alité (et le fait n'e~t point particulier à la France) 1111e armée de miliciens c,H11111111ulie />ardes professio,111els. Pour ceux-ci, le métier militaire est une: carricre; pour eux, la guerre est l'exercice normal de leur actÏ\·ité, la chose qu'ils doi\'ent désirer et désirent afin d'a\·anccr en grade. Ils forment dans la nation et dans l'armée même une classe ù part, presque un<..c:iste. En faut-il des prCU\'C5?Considérez l'esprit de corps qui les lie entre eux et aYec les officiers <les pays Yoisins. Considérez le costume particulier qu'ils portent à perpétuité, obligés qu'ils sont <le demander une permission pour s'habiller comme tout le monde. Con- (1) \'oir à ce sujet Crbain Gohier : Sur la g11,1re (Plris, Ch,mucl, éditeur).
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==