LETTRES SOCIALISTES 133 Sans compter (et c'est ma seconde raison pour repousser l'idée de se soustraire au JcYoir militaire) que je craindrais chez beaucoup de ces rérnltés soi-disant évangéliques (s'il y en aYait jamais beaucoup) des motifs moins nobles que la Yolontc de respecter la Yic de leurs semblables. Qui recule ainsi dc\'ant b nécessité de prendre les armes, mème quand les siens sont en cas de légitime défense, pourrait bien être un Lkhe, s'il n'est pas un héros; un pur et simple cgoïste, s'il n'est pas un monstre de Yertu. En I8ïo, quand la France agonisante se débattait sous l'étreinte de ses Yainqucurs du moment, nous en aYons YU, par centaines, des hommes jeunes et Yigoureux, qui aYaicnt une répugnance i,wincible à porter le fusil et l'uniforme, et qui se dérobaient avec une cncrgic digne d'une meilleure cause. Le mcpris populaire les aYait baptisés des frn11cs-jile11rs, et je ne crois pas qu'en fuyant la bataille ils tremblassent pour les jours d'autrui. Aussi, pour supprimer la guerre, le socialisme ne compte-t-il point sur des protestations isolées que la féroce discipline des anrn;cs aurait \'Îtc étouffées, sur des dénis individuels d'obéissance qui peuvent proYcnir de sources fort équiYoques. Il place son espoir dans un désarmement concerté, général, simultané, qui deviendra possible quand les traYaillcurs, déjà unis par la communautc des intérêts et des programmes, déj:i accoutumés à se tendre la main par-dessus les frontières, auront profondément transformé le régime actuel et mis fin du m~mc coup à la Yicille politique de conquête qui en ·est encore un élément essentiel. En attendant, les socialistes peuvent déplorer et réprouYcr cc reste de sauYageric qui les condamne à depcnscr une partie de leur vie dans l'étude des moyens de détruire celle d'autrui; mais, comme tous les autres citoyens, ils sont obligés de se soumettre aux conditions du monde où le hasard les a fait naitre et, tout cc qu'ils pcuYent faire, c'est d'attcnucr les vices d'une institution quï ne peut disparaitre qu'a\·cc notre société d'antagonismes \·iolents et organisés. S'ils s'adressent aux soldats et aux officiers, cc n'est point pour leur dire : « Jetez \'OS armes! Quittez casernes et forteresses! Désertez! » )/on, ils prétendent seulement chercher, a\'CCeux et pour eux, comment on peut rendre meilleure, plus utile à tous, plus conforme aux principes démocratlqucs l'existence qui leur est faite; quelle est la limite de leurs droits et de leurs devoirs réciproques; dans quelle mesure il est loisible de concilier leur triple état de citoyens, d'hommes et de militaires. * * * Bien que l'armcc soit un grand corps dont tous les membres sont
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