La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA RE\,;E SOCIALISTE possibles tout cc qu'il connait et aime le mieux; c'est ensuite que tous les hommes appelés sous les drapeaux, ayant .:gaiement profite des aYantagcs de la société dont ils font partie, soient également tenus par cela m.:me de participer :i ses pcrils; c'est que beaucoup <l'entre eux ne soicnt plus autorisés, comme aujourd'hui, Aconsi<lérer la patric commc une mère partiale, qui en temps ordinaire a parmi ses enfants des f.tYoris ct des souffre-douleur, et qui en temps critique réclame d'eux tous mC::meprotection et mC::medévouement. Que lcs adversaires des socialistes songent à cela, au lieu de les traiter de sans-patrie, et qu'ils comprennent que le socialisme, tout en se proclamant international, ne cesse pas d'ètre national. Est-cc que d'ailleurs le mot mème d'i11Jcrualio11al n'implique pas l'existence de plusieurs nations et partant de patries di\·erscs? C'est pourquoi nous n'irons pas dire :i un citoyen d'un pays quelconque : « Tes frères sont en danger. Ils vont mourir pour la défense commune, pour empêcher un abus de la force, pour dérobcr leurs biens, leurs femmes, leurs enfants :i la convoitise et :\ la tyrannie de maitres étrangers . .\fais que t'importe? Tant pis pour eux ! Toi, reste les bras croisés. Rcgarde-lcs se battre. Cc n'est pas ton affaire. » Le refus de prendre part a la lutte est, en de telles circonstances, la négation du devoir social le plus élémentaire. Il rompt toute l.1solidarité avec ceux dont on veut bien partager les prospcrités, mais non pas les dangers. li est la banqueroute frauduleuse d'un profiteur, d'un parasite, qui, durant des années, a reçu du pays ou il vivait mille aliments du corps et de l'e,prit et qui se dérobe au moment dc payer sa d1.:tte. Il le frappe de déchbncc; il équivaut !1une mort civile. J'cntends bien Tolsto1 ci:lébrcr, comme un martyr, un chrétien implacablcment logique qui, cn Russie, refusa d'C::trcsoldat par cc motif que !'Ecriture a dit : « Tu ne tueras point, ,, et qui mourut de froid, dc faim, dc maladie dans sa prison. Je puis admirer la forœ d'àmc du malhcun.:ux, sa ténacité de co1wiction . .\lais qui donc, dans un cas au moins douteux oi1 le salut de l'État et un précepte de l'Église sont en pleine opposition, osera s'arroger le droit <le dire aux autres : « F.ütes-vous martyrs! Faites-vous emprisonner en temps de paix, fusillcr en temps dc guerre. De vos larmes ct de votre sang germcra un jour la moisson de l.1 fraternité humaine. » On peut, en toute si:curité de conscicncc, s'offrir soi-même comme Yictime; mais c'est tout autre chosc de vouer d'autres hommes :\ toutes les riguo:urs du codt.:militaire, de les con\·icr :\ un sacrificc mortel et probablcmcnt inutile. Qu'avant dc parlcr ils tournent sept fois leur langue dans leur, bouche, cu1x qui prèchcnt si hardiment cette cspC::cede suicide! C'est en parcillc occurrcncc qu'il est permis de rappclcr 1c vieux dicton : « Les comcillcurs ne sont pas les payeurs. »

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