La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE deyons tenir compte de cc qui est. Il ne faut pas, à force de considérer le point d'arriYéc, perdre de Yue le point de dcpart. Or, les peuples ont encore entre eux des haines, des rancunes, des pn:jugés, des ambitions riYales, frontières invisibles qui les séparent plus que des fleuycs ou des montagnes. Chaque nation est menacce par ses YOisincs; elle ne peut, sous peine de suicide, s'abandonner sans défense; clic est obligcc de rester debout et en armes; l'organisation militaire est ainsi un mal proYisoirc, nous l'espérons, mais nécessaire. La politique du parti socialiste est de réduire progressiYcment cc mal au minimum. Et d'abord plus de guerres, siuo11défe11sives. Toute guerre de conquête est en opposition aYCCcc principe de justice internationale, que notre siècle aura eu l'honneur de dégager, de formuler, de populariser, si cc n'est d'appliquer : à saYoir que tout homme et tout groupe d'hommes a droit de choisir la nation à laquelle il \'Cut appartenir. C'est une bien humaine, mais bien misérable contradiction que celle des pays qui réclament avec ténacité, au nom de ce droit imprescriptible, des provinces annexées maigre clics, et qui, au mépris du m0mc droit, annexent, contre le grc de ceux qui les habitent, des contrées éloignées, dites colonies. Comment ne pas 0trc n;,•oltc de cc double Yisagc de l'égoïsme national? Honte et malheur au peuple comme à l'indi,·idu qui trouYe juste ou injuste qu'on Yiolente la volontc d'autrui, suivant que lui-mC:mc en profite ou en pàtit ! On a faussé sur cc point, comme sur bien d'autres, la conscience publique; les socialistes se font un deYoir de la redresser. Puisque la réalitc leur prouve qu'un peuple peut être forcé de combattre, sous peine d'être asscrYi ou démembré, ils ne sauraient rê,·cr, pour le moment, la suppression du service militaire; mais ils peuvent demander, et ils demandent, qu'il deYicnne plus égal pour tous, moins long, moins dur à ceux qui le subissent; ils demandent surtout qu'il tende à se détruire, en se démocratisant, en faisant rentrer, de plus en plus, l'année dans la nation, en transformant peu à peu les troupes permanentes en milices temporaires, capables de donner leur Yie pour repousser l'invasion de leur contrée natale, incapables de la Yendre ou de la laisser prendre pour aller porter chez les autres le meurtre et le pillage. Aussi, ne conseillerons-nous pas une greve de soldats. Tolstoï, approuvé par les anarchistes et par un petit nombre des nàtres, a beau dire aux jeunes hommes qui sont appelcs sous les drapeaux : « Refusez l'obéissance, laissez-vous punir, emprisonner, frapper, tuer même; mais refusez d'apprendre à tuer : l'É\'angilc le défend. Soyez de doux et indomptables réfractaires, d'heroïqucs et patients insoumis. » Nous repoussons, avec l'immense majorité du parti socialiste, l'idée de cette révolte passive et indiYiduclle, et cela pour bien des raisons.

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