128 LA RE\'UE SOCIALISTE Avec quelle mélancolie dans le dénouement, le Secnt rappelle les loyales traditions de l'honneur che,·aleresque de certaines familles nobles et les dé\-iations de cc sentiment d'orgueil chez leurs descendants contemporains! Bien mieux que le Secret, la Ugmde d11Châtea11de Co;tJrec symbolise la fin économique et morale de la caste nobiliaire. En vain les seigneurs sortent de Jeurs tombes et veulent résister au flot populaire ; celui-ci les submerge; la féodalité à vécu. Ainsi disparaîtront toutes les classes privilégiées. Vieille 111aiso11 est une histoire de re,·enant en qu~te de prières. Mais là la légende passe au second plan et cède le pas à b description psychologique et au tableau de genre. A la fin, tous les bruits mystérieux s'expliquent. ,\{a/gré l'espaa, l'fime d'un marin naufragé vint réclamer la prière des morts à l'heure même du naufrage. Du moins, la nuit même de la mort de son mari, Célestinc Amicc eut une terrible hallucination. Moins poignante, mais tout aussi triste l'histoire t11acabre. Pendant un enterrement, Je cercueil tombe, se brise, et la défunte apparaît. Cependant, comme de son ,·ivant la malheureuse persécutée avait promis de sortir de sa bière pour se venger, depuis cc temps-là, « chaque dimanche après vêpres, le curé dit des prières en breton, pour apaiser cette âme irritée "· Les bonnes gens de la campagne ont parfois le préjugé méchant; il court aussi sur leur compte de bêtes histoires qui ne sont malheureusement pas toujour, des légendes, si l'on en croit les confidences qui s'échangent rntre 111édeci11s. Enfin voici deux chefs-d'œuvre, deux idylles délicieuses, d'une exquise fraîcheur de sentiments. Hermann et Dorothée, pardon le peintre Léon Breteuil et Yvonne Le l3rékir sont marils par la 111er. Placide et Marie-Reine sont unis par le miracle de Sai11t-G11iiw. Demoiselled'IJ01111eur, qui termine Je livre, n'a plus ni la saveur bretonne, ni l'allure d'un conte ; c'est presqu'une œuvre pédagogique, où sont mis en pn::sencc les résultats de ~eux systèmes d'éducation. Les lettres des jeunes échappées de pension n'en sont pas moins attrayantes, puisqu'il s'agit encore d'amour, et leur gentil babil est si amusant. Et maimen,mt, en dehors des fines rem~rques et des traits qui émaillent le style facile de ces contes, voulez-vous savoir œ qui les relie avec intérèt les uns aux autres, cc qui les anime et les vivifie les uns par les autres ? Ne serait-cc pas tout simplement la conception du bonheur moral, personnelle à l'auteur ? Cette conception se trahit suffisamment par la recherche affectée de l'amour partagé et unique dans la chaumière et dans la mansarde, comme dans les villas et ks chàteaux, et par une latente, mais constante, ·distinction entre la sensualité vulgaire et l'amour qui est :i la fois le plus noble, le plus désintéressé et le plus « porte-bonheur » des sentiments. A. V. L' Ad111i11istrale11r-Gén:wt RODOLPHE SIMON. Suresnes. - Imprimerie G. RICHARD, 9, rue du Pont.
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