La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVVE SOCIALISTE indissoluble qui les rattache :\ l'ordre à la fois statique et dynamique de l'univers ». Taine et Renan, pour ne citer que des noms français, a\'aient, on ose le dire, non d'après la lettre, mais d'après l'esprit même de leurs œuvres, le plus profond déd.1in pour Auguste Comte et son école. Parlant sans cesse de l'a,·enir de la science et abusant à saticté des noms de leurs illustres amis les sa,·ants, ils apportaient à l'étude de l'histoire une tournure d'esprit fort peu scientifique. C'est cc qui fait leur gloire. lis fournissent dès maintenant des pages de choix au, anthologies littéraires, on les apprend par cœur dans les écoles et on a raison. On peut pourtant demander, sinon mieux, au moins autre chose. ~ous ne craignons pas d'affirmer que c'est dans des ouvrages, comme ceux de 01. Letourneau, de Guillaume de Grcef surtout, et de leurs émules que les esprits curieux iront de préférence désormais chercher leurs renseignements et leurs inspirations. Or, cette inspiration est bien, sauf des divergences de détail, celle d' Auguste Comte et de son école. La phraséologie mème d'Auguste Comte, si puissante, si exactement modclér sur les détours sinueux de la pensée fondamentale, si merveilleusement lucide, malgré ses longueurs Youlues, on la retrouve avec plaisir dans ce nouYcl ouvrage de Guillaume de Grcef. :\!ème pour les intelligences préparées, l'histoire universelle, depuis que Bossuet et Prévost-Paradol ne suffisent plus, reste un prodigieux chaos. On ne saurait, à ce compte, plus mal passer son temps qu'à l'étude de l'histoire : les anatomies prétendues méticuleuses de Fustel de Coulanges, de Taine et de l'école universitaire française laissent percer, malgré le souci de l'étude consticncieusc des textes, un fond de préjugés bourgeois qui peut passer pour écœurant. Mème les sociologues, comme llerbert Spencer et A. Espinas, semblent renier, dans leurs professions de foi publiques, le résultat qui se dégage de leurs belles études. Ils parknt admirablement des sociétés animales, m0me des sociétés de sauv,1ges, ou encore de ces petites sociétés à système dos : les fous, les enfants. Brusquement, comme conclusion, ils donnent• un manifeste de la Chambre des Lords ou une circulaire de recteur d'académie. On demande un peu d'unité dans la pensée, un peu de logique, pour ne pas dire de bonne foi. Ce sont ces qualités (il y en a d'autres encore) qu'on trouvera dans la nouvelle œuvrc de Guillaume de Grecf : l'érudition n'a jamais perdu ses droits, il est inutile de les réclamer. * * * . La théorie des transports, par Charles H. CooLEY, de l'Unh·ersité de Michigan. - Publications de l' A111erica1e1co11011A1iscsociatio11, Swan Sommcnschein, London, 1895. Cc volume traite des tr.insports au point de vue techni<Jue d'abord. Puis les transports sont rattachés à l'organisation sociale, politique et économique. li se termine par une théorie marxiste de la rnleur, du profit et des salaires. Quoique rattachée au sujet spécial des transports, cette partie forme un tout. Suivant Je mot connu, clic existe solidairement, mais aussi solitairement. On pourrait la détacher comme modèle d'exposition et de discussion lucide. PIERREBoz.

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