La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA ItEV{;E SOCIALISTE exécution gauche, plein d'obscurité, et qui fait souvent rire li où il voudrait faire pleurer. Les critiques ont dit qu'on y reconnaissait la satire de nos expéditions coloniales : celles du Mexique, celles de Tunis, du Tonkin et de Madagascar, lesquelles, sous couleur d'intérêt général, sont toujours faites pour emplir les poches de quelques gredins. C'est vrai. i\fais la satire porterait bien da,•antage encore si, au lieu de mettre aux prises deux républiques imaginaires, les auteurs s'étaient contentés de peindre la réalité. A quoi bon tant de pn:cautions ? On potffait montrer quelques financiers ... - j'allais écrire étourdiment financiers français, comme si ces gens-là avaient une patrit!, - c1woyant leurs esclaves, c'est-à-dire les pauvres, crc,·cr de fièvre en assassinant des négrillons sous des latitudes brûlantes. Entre mufles, de M. i\lauricc Talmeyr, au contraire du drame précédent, est une pièce sobre, arrêtée, précise, mais s6chc comme de la cendre. Sans tèndresse, ni grâce, ni charmes, il faudrait, du moins, de l'éclat et un large comique pour plaire; or les mots passent rarement la rampe et M. Talmcyr a moins bien réussi que dans ses chroniques. Il nous a peint, de façon caricaturale, un petit monde politique de radicaux véreux et Yils dans la banlieue parisienne et il a mis en opposition des personnages cléricaux, qui sont vertueux. Vous voyez que l'œune est de tendance nettement réactionnaire. Cc ne serait pas là une raison suffisante de ne pas la louer, si clic avait plus de mérite au point de vue dramatiq uc; mais, de toute façon, je ne pourrais m'empêcher de trouver un peu bien ritliculc qu'on s'amus.: à railler des libres-penseurs pour manger du gigot le vendredi saint : I\L Talmcyr a cherché là une misérable querelle. Il s'agit d'un journaliste radical de banlieue nommé Mazaron, et qui, en sa qualité de radical, a toutes les tares: paresse, sottise, perfidie, mauvaise éducation et le reste. Sa femme ne nut pas mieux naturellement : fourbe, vile, l'allure canaille et, de plus, deux amants. Ils ont une fille qu'ils n'ont pas élévéc eux-mêmes et dont l'éducation a été faite au loin par une ·tante très dé,·otc. Il faut donc que cette fille soit une perle pour rentrer dans le système de l'auteur et c'~st clic en effet qui aura toute la délicatesse de la famille. Malheureusement - on n'est pas parfaite pour rduscr du gigot le vendredi - elle prend un amant et la voilà enceinte. Que faire? La mére, adroite et fausse, trou,·e aussitôt un niais de fiancé qui, sans se douter de rien, prendra la fille grosse des œuvrcs d'un autre. Mais c'est ici que la dèlicatcssc de la jeune dhotc apparaît : .clic repousse le subterfuge et aYonc tout à celui qu'elle va èpouscr. Cette scène de l'aveu, bien joui:c par M11< Rose Syma, n'est pas sans noblesse; clic a ému. La jeune fille va même plus loin : acceptée malgré tout par son fiance, clic le repousse parce qu'elle ne veut pas de sa pitic; clic préfère se lancer

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