La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

CIIROX!Qt:f. THtATRALE II 3 quelquefois de telles gens dans la Yie courante, des membres de l'.\rmée du salut, par exemple, ou quelque apôtre illumine des doctrines de Swedenborg. D'abord, ils semblent doux et inoffensifs, et causent comme des indi\'idus ordinaires; puis, subitement, à table, en \'isitc, à la promenade, ils ont une crise et se lc\'ent pour se soulager d'une profession de foi ou d'un pn'.:chc. Leurs yeux deviennent hagards, leurs cheYcux se hérissent, leur Yoix est rauque, ils esquissent de grands gestes à tout n.:1werser. A condition qu'on ne les contrarie pas, ils ne sont pas nuisibles, sinon aux \'erres et aux assiettes. L'accès passé, les voilà calmes. Transportez cela au th.:.itre, et YOusobtenez le personnage symbolique, celui qui pretend au pri\'ili:gc de dire toutes les énormités sans faire rire. 1\nna \'ogt est de cette trempe, tk par la \'Olont.: des auteurs et sans aucune explication préa!.Jblc : elle symbolise l'esprit du mal et \'eut la guerre. Mais la paix et la guerre dépendent, on ne sait trop comment, d'un Anglais, Humphry, directeur d'une mine de cuinc. Cet Humphry, qui est à demi-fou, qui a même eté enfermé, est un socialiste, un philanthrope qui, par suite de ses thcorics, désire la paix. J'en Yeux un peu aux auteurs d'a\'Oir fêle le cerveau de cc philosophe qui representc la raison et la \'Crtu; est-cc qu'ils ont eu peur que, sous les traits d'un homme sense, l'honnt'.:teté ne parùt pas naisemblable? .-\ côté de cet Humphry, mettez une jeune Russe, Sonia Danilof, qui a lu Tolstoï, et qui rè\'e la paix perpétuelle, le mépris de la gloire brutale; clic a un fiancé nomme Caldas, qui est officier <luQucsita<lo; conséquente a\'ec ses théories, elle le supplie <le renoncer au metier militaire. Humphry et Sonia, \'Oil,\ les .'.:léments justcs et bons de la piccc. \'ogt et sa sœur, \'Oilà, a\'ec quelques comparses, les élemcnts perfides et mall\·ais. Le sujet du drame, c'est la lutte entre ces différents t'.:trcs, entre le bien et le mal. Le combat n'est pas très long. Anna Vogt, dans une sccnc que les auteurs ont cru écrire sous une forme sérieuse, exerce la seduction de ses charmes sur Humphry, qui deYient amoureux d'elle et qui OU\'l"Cla boîte de Pandore. La guerre éclate; \'ogt Ycnd ses cuirasses et sau\·c ainsi sa fortune . .\u dernier acte, les différents personnages assistent, du haut d'une terrasse, à un combat na\·al où s'engloutissent des milliers de gens qui croient scr\'ir leur patrie, sans se douter qu'ils meurent afin d'enrichir un banquier inconnu et pour les beaux yeux d'une d0nzcllc. De même, on \"Oit apparaitre au loin, portcc au bout d'une pique, la tête de Caldas, qui a été massacré pour a\'Oir ccouté Sonia et refusé de sen·ir au moment de la guerre. Pendant qu'Anna Vogt, heureuse du mal, se r.'.:jouit à !:t Yue des meurtres qu'elle a causés, Sonia murmure en pleurant le nom de son fiancé : « Caldas ! Caldas ! » Tel est cc drame d'une conception forte et intcrcssantc, d'une 8

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