La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

REVUE DE LA PRESSE ÉTRANGERE 99 simple description, c'est une véritable physique et dynamique so~i,il.:. S'il faut absolument prendre parti entre Spencer et Comte, Comte aurait la pn:férence (r). Naturellement, vient alors la question des rapports de la sociologie et des autres sciences morales. La sociologie est, semblc-t-il, destinée ,1 les relier entre clics, :'t leur fournir un fil directeur dont clics manquaient un peu. Quelle paunc science, maigri; son luxe de statistique, que l'économie politique pure! Et quel chaos que la prétendue science historique où l'on trouve jusqu'à de pseudo-sciences fragmentaires qui s'intitulent pompeusement : scienœ homérique, science biblique! Sans doute, les économistes nous ont rendu de grands scn·ices en collectionnant et classant des faits qu'ils appellent économiques, pour les distinguer des faits génétiques, psychiques, moraux, religieux, esthétiques, scientifiques, juridiques et même politiques. /'-.lais ces faits économiques abstraits sont, pour dire wai, des faits qui n'existent pas. On suppose des producteurs, des distributeurs, des consommateurs de richesse, qui ne soient que cel:t et rien autre chose. La statue de Condillac était, certainement, moins artificielle que l'homme économique. Tous les faits sociaux impriment leur marque les uns sur les autres et se pénètrent mutuellement. Il n'y a pas de faits économiques bruts. Si quelque rne féconde, celle de J\larx, par exemple, n'intervient, l'économiste pur reste incapable mo'.:mede colliger les faits qui lui sont chers; à supposer qu'ils soient exactement colligés, il est impuissant à en dégager des lois. Les plaisanteries (appelons les choses par leur nom) qu'on propose sous le 110111 de loi de l'offre et de la demande, loi de Ricardo, loi de Malthus, peuvent ètrc couramment comparées aux lois de Kepler, ou aux lois d'Ampére. Ces dernieres n'en sont pas diminuées et les pr:mières n'en reçoi,·em pas plus d'éclat. La vérité est que ces prétendues lois économiques sont de pitoyables truismes, comme en con,·icnncnt leurs auteurs, quand ils sont en veine d..: sincérité, cc qui leur arri,·c parfois. Logiquement, le lien qui unit l'économie politique à la sociologie générale est un lien de subordination. Il n'y a pas de lois économiques pures, mais de simples transcriptions, des transpositions en style économique des lois sociologiques génenlcs. Que ces dcrnicrcs lois soient trouvées, il s'en faut. Reste à les chercher, c'est la seule recherche naiment féconde qui s'impose. C'est quelque chose de savoir le but où l'on tend. Puisque tous les faits sociaux forment une synthcsc pour ainsi dire indissoluble, sont étroitement solidaires les uns des autres, il est (1) La place de la sociologie, par Lester-F. Ward, Washington. - li y est fait un magnifique éloge du génie scicntitique de l;i France, génie inventif et organisateur par excellence.

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