La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

RHUE DES REVUES ÉGO~OMIQüES l'organe de la réaction antisocialiste. Il ne se différencie même plus guère de l'Eco11omistferançais, auquel il emprunte, pour parler <lenous, quelques-unes des épithètes dont M. Georges Michel est si prodigue. C'est ainsi que les députés socialistes y sont appelés « fauteurs émérites de grèves», « cspéccs », « politiciens dangereux >l, «malfamés», « malfaisants », « agents de r6voltc ouvrière >l, etc. A l'en croire, quand on lit les pages que l'Assoriatio11 consacre à l'incident Toussaint, cc serait nous qui ~urions b6n6ficié de la majoration scandaleuse de onze millions trois cent mille francs sur douze millions de capital total auquel s'est fondée la société de Trignac, d'ou la grève des ouvriers, impuissants à r6munércr un capital porté au d6cuplc de sa valeur effective. On doit pourtant connaître les dessous de cette entreprise malpropre dans les bureaux de l'Associatio11, et si on ne les connait pas, que penser de la légèreté avec laquelle on voue au mépris public des hommes qui, placés entre une armée de prol6taircs luttant pour leur salaire et une poignée d'agioteurs ayant râflé onze ou douze millions aux gogos, et émettant encore la prétention d'en faire payer l'int6rêt par les ounicrs, ont pris parti pour les ouniers contre les 6cumcurs? Mais nous ne sommes pas surpris outre mesure de l'attitude belliqueuse prise par ceux qu'on appelait très improprement, il y a quelques années, les « socialistes catholiques >). En France comme en Allemagne, comme partout, l'Église a cherché à ressaisir son antique influence, en affectant de s'intéresser au sort des masses, jusqu'à ces derniers temps comprimées par elle et linées sans un mot de pitié aux pires r6acteurs. Du jour oü les gouvernements et les classes dirigeantes se sont rendus à ses sommations, son beau zéle social est ·tombé. Le ministère Casimir-Perier a annoncé qu'il inaugurait une ère « nouvelle ». Il n'en a pas fallu davantage pour que les catholiques dissidents reprissent leur place accoutumée dans les rangs de la majorité et leurs fonctions de gendarmes divins auprès de sa majesté Capital. Voilà pourquoi l'Association se r6jouit que Toussaint soit en prison et M. Berger, président de la soci6té de Trignac', sur les bancs de la Chambre, ou· ses votes se confondront, dans toutes les occasions, avec ceux de M. de Mun. Eh bien! nous ne différons pas autant d'opinion qu'on pourrait le croire avec notre confrèré des cercles catholiques. Il trouve cela parfait; nous aussi. En même temps que les événements de ces derniers mois voyaient se grouper à nouveau, sans aucune note discordante dans le concert, les intérêts religieux et sociaux unis étroitement, comme ils doivent l'être, en une hostilité commune aux socialistes, une œuvre catholique, dont les journaux religieux parlaient comme de l'assise sur

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