La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

4 92 LA REVUE SOCIALISTE laquelle dcYait s'édificr la société régénérée, s'effondrait, à Paris, dans des conditions singuliércmcnt lamentables. Le Crédit 1\{utuel et Populaire, fonde et dirigé par le père Ludovic de Besse a disparu et la Réformesociale, dont on connait les sympathies pour cette institution et pour son fondateur, nous donne les renseignements suiYants, sur la débicle qui Yicnt de se produire : Les pertes ont été fortes : on nous dit que la majeure partie (?) en sera couverte. Mais comment donc a sombré cette œuvre qui avait eu une existence respectable et qui avait, en douze ans, fait circuler plus de 22 millions de francs dans le petit commerce et la petite industrie de Paris? Nous ne voudrions pas entrer dans cette analyse, qu'il faut laisser le soin de faire au père Ludovic, le jour où la blessure de son cœur sera cicatricéc. Mais en attendant, nous pouvons bien dire que cette œuvre, comme tant d'autres, a été tuée non par les étrangers, mais par les siens eux-mêmes, par ceux qui avaient la garde et la gestion de sa vie. Ce sont les administrateurs et les directeurs qui l'ont fait sombrer, les uns par leur négligence, les autres par indélicatesse et mise à profit des facilités que leur procurait leur présence au cœur de la place. Les administrateurs, eux-mêmes, faisaient escompter à l'institution du papier de complaisance, des effets tirés par eux sur des hommes de paille. Le directeur ne voyait pas, ou fermait les yeux pour ne pas déplaire, et le jour de l'échéance, les effets rt::staient impayés et le gouffre se creusait. On le voit, les conditions dans lesquelles l'œuYre du pcrc Ludovic s'est effondrée ressemblent assez a celles qu'on relève dans les affaires des Donon et des Erlanger. Nous trouverions-nous en présence d'une minuscule banqueroute Lavalette? A l'heure ou j'écris ces lignes, je ne connais la débâcle que par la Réforme sociale, à laquelle le pcre Ludovic collabore quelquefois. Les journaux n'ont encore rien dit de cette déconfiture. Quoi qu'il en soit, nous n'attachions pas assez d'importance aux fondations de cette nature pour que nous trouvions maintenant un intérêt spécial a la chute du Crédit l\fotuel et Populaire. Si nous la signalons, c'est pour montrer - abstraction faite des responsabilités qui peuvent être engagées - la. fragilité de ces œuvrcs catholiques tant prônées, présentées comme une panacée uniYcrsclle aux maux du capitalisme finissant et du socialisme naissant ... GvsTA\'E RouANET.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==