La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DES REVUES ÉCONOMIQUES style en usage dans les filets de vingt lignes, improvisés sous le coup de fouet des événements de la matinée ou de l'apres-midi, sont rigoureusement interdites à l'écrivain qui se respecte. Or, il semble, depuis quelques mois, depuis que le parti socialiste a conquis dans le Parlement et le pays une influence et une situation qui vont grandissant tous les jours, que nos adversaires théoriques aient renoncé désormais à discuter nos travaux, à analyser nos études, pour se confiner dans la critique injurieuse, violente, faite d'insinuations malveillantes, d'insultantes ironies et de caricatures grotesques. Ainsi pour donner une idée du diapason auquel s'accordent certains écriYains, quand il s'agit d'examiner l'œuvre des socialistes, voici comment, dans l' Eco11omisteFra11çais du 9 juin (page 734), s'exprime M. Georges Michel, sur le projet de loi dont je suis un des signataires, déposé par mon ami Jaures, sur la reprise des mines et des chemins de fer par l'État : « Les socialistes, écrit-il, ne connaissent d'autre moyen d'accéder à la possession que de voler ceux qui possédent : cela est à la fois pratique et à la portée de toutes les intelligences. Il est infiniment plus profitable et plus agréable de spolier son voisin, qui a mis cinquante ans à amasser son petit pécule, que de travailler patiemment à s'en faire un ... Les socialistes prennent le bien des autres ou ils le trouvent. C'est beaucoup plus expéditif et infiniment plus fructueux que de détrousser les gens au coin d'un bois ou de s'attaquer aux passants attardés, mais, au fond, le résultat est exactement le même ..... » - Je ne prends pas tout. Ces courtes citations suffisent à donner le ton de l'article. C'est le cas où jamais de répéter le mot celébre de Bastiat à Proudhon : << Mon Dieu ! monsieur, que vous êtes donc en colere ! ii Comment répondre à des arguments pareils? L'injure appelle l'injure. On ne pourrait examiner les critiques formulées par M. Georges Michel sans relever les épithètes grossiéres dont il s'est plu à émailler son article ? Rien de plus facile, d'ailleurs, si nous le voulions, de payer notre adversaire en même monnaie - en monnaie supérieure même, car pas une des violences de langage à notre adresse ne porte. Tout le monde sait, en effet, que si Jaurès et le cosignataire de sa proposition demandent l'expropriation des compagnies minières et des sociétés concessionnaires de chemins de fer, ce n'est par pour qu'une minorité d'individus puissent s'attribuer les bénéfices considérables que s'adjuge aujourd'hui la minorité dont l'économiste précité défend la propriété. Au contraire, nos ripostes atteindraient M. Georges Michel en pleine poitrine, si nous lui demandions son opinion sur les écrivains qui acceptent, comme lui, de toucher des appointements considérables aux journaux dont on sait que la caisse est alimentée

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