La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

86 LA RE\'UE SOCIALISTE REVUE , DES REVUES ECONOMIQUES En reprenant cet examen mensuel - que des circonstances indépendantes de ma Yolonté m'aYaient contraint à suspendre - des publications économiques, je ne puis me défendre d'un sentiment de tristesse et d'amertume en constatant le changement qui s'est produit, depuis quelques mois, dans l'allure et l'expression de certains de ces organes. Certes, j'admets la YiYacité de l'adjectif, soulignant parfois la pensée énergiquement co1waincue de l'écriYain, quand il croit trou- ,·er, dans l'analyse d'un fait ou dans les termes d'une proposition for-· mulée par un adversaire, matière à démonstration Yictorieuse contre celui-ci. L'écri,·ain n'est pas de bois, et sa pensée peut aYoir besoin de recourir à une YiYacité de style pour saillir en relief et en quelque sorte s'extérioriser à l'attention d'autrui. Cc qu'on ne saurait admettre, cc qu'à la Revue Soci11liste - il n'est pas inutile de le rappeler - nous nous sommes toujours efforcé d'éYitcr, c'est l'injure aux personnes, l'invective prodiguée sans motifs ni pro,·ocations directes. Que dans la bataille quotidienne du journal, dans les polémiques rapides de presse, là ou les personnalités accaparent l'interêt de la scène, les idées, le plus rnuvent, restant subordonnees aux faits et gestes, aux succès ou aux échecs des hommes qui les représentent, dans la sphère militante et troublee de la politique, que lù, la plume s'émancipe, qu'elle cingle les indiYidus pour mieux atteindre l'idée, qu'elle dénonce l'indignité de tel ou tel, pour mieux montrer l'infériorité de la doctrine ennemie, frappee dans la personne de celui qu'on combat, je l'admets - à la condition, toutefois, que celui qui, à ses risques et p<'.:rils,se liHe ù ces charges ,'t fond contre les hommes et les choses, ne soit mu par aucun mobile d'intérêt particulier, étranger au souci de faire triompher sa cause, que ses coups portent juste, qu'il se garde surtout de toute mcprise et que ses accusations soient cnticrcment fondees. Mais d:111sune reYue, <'.:criteposément, dans le silence et le recueillement du cabinet, loin des bruits assourdissants de· la rue, on doit discuter les faits, mettre en ligne des arguments et les formes de

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